Mai 2013 /224

Evaluer le bon état écologique de nos rivières

SaumonCela fait près de 40 ans que le laboratoire de démographie des poissons et d’hydroécologie (LDPH - unité de biologie du comportement) rassemble des données scientifiques très précises et uniques sur les populations de poissons d’eau douce et, principalement, leurs évolutions sur le long terme. De ces résulats émanent d’exhaustives statistiques de dénombrements et d’études du comportement des poissons qui font l’objet de publications scientifiques à caractère fondamental. Mais, en parallèle, les chercheurs ont développé des voies d’application pratique de leurs résultats. Utilisateurs et gestionnaires des cours d’eau peuvent ainsi faire appel à leurs services : des conseils pour des sociétés privées, – en majorité des producteurs d’hydroélectricité –, sur les meilleurs pratiques de production à adopter afin de perturber le moins possible les cycles naturels des poissons sont devenus l’un de leurs champs d’expertise reconnue au niveau international. Le LDPH peut également délivrer des avis auprès des pouvoirs publics sur, par exemple, la marche la plus adéquate à suivre pour repeupler un cours d’eau : choix des espèces, moment et endroit le plus propice au ré-empoissonnement, etc.

Photo : Un saumon atlantique capturé à l'échelle à poissons de Lixhe, sur la Meuse.

Des échelles personnalisées

Le long de nos rivières, le résultat le plus visible des conseils du LPDH est constitué par les échelles à poissons. Loin de l’image un peu simpliste de rampes en escaliers positionnées parallèlement à un obstacle artificiel, tel un barrage ou une écluse, elles deviennent de véritables dispositifs de contournement qui font l’objet d’études éco-technologiques très poussées. Elles doivent guider les multiples espèces de poissons en migration, en considérant la diveristé des modes de nage. On parle d’ailleurs d’échelles multi-espèces. « Elles peuvent même intégrer des dispositifs scientifiques de comptage, ou des pièges, afin d’avoir une idée précise des flux migratoires de poissons en rivière », précise Michaël Ovidio, expert scientifique ULg, responsable du laboratoire de démographie des poissons et d’hydroécologie.

EchelleMais il s’agit aussi de guider le poisson, en aménageant des flux d’eau en aval de l’ouvrage, afin qu’il se dirige, “naturellement”, vers la structure qui lui est destinée. Comme l’explique le chercheur : « Il faut essayer de se mettre à la place du poisson ! Grâce à nos connaissances du comportement animal, nous contribuons à définir des configurations adaptées pour l’attirer vers les dispositifs. » Ainsi, la remontée se fait en douceur et avec une grande efficacité. Mais qu’en est-il de la descente, ou dévalaison ? Là aussi, le LDPH, en collaboration avec les gestionnaires des cours d’eau, intervient en conseillant l’aménagement d’exutoires de dévalaison ou, dans le cas de barrages hydroélectriques, l’utilisation de turbines fish friendly. Leurs pales sont spécialement étudiées pour ne pas blesser le poisson qui aurait été malencontreusement aspiré en amont de l’ouvrage.

Photo : Echelle à poissons de Lixhe sur la Meuse, équipée d'un dispositif de monitoring scientifique

Les pieds dans l’eau

C’est au milieu de la rivière que l’on a le plus de chance de rencontrer ces biologistes pratiquant ici, un recensement avec un groupe d’étudiants, menant là-bas une pêche électrique afin de déceler la présence de poissons invasifs, relevant par ailleurs un appareil de radio télémétrie ou de télémétrie acoustique. Pourtant, ce 30 mai, ils investiront l’Aquarium-Muséum pour un colloque qui tentera de faire le point sur les bouleversements, principalement anthropiques, qui ont émaillé les rivières ces 30 dernières années. Afin d’évaluer leur impact sur la biodiversité, de proposer des solutions et d’envisager la contribution des scientifiques. Destinée aux acteurs de la rivière – gestionnaires, scientifiques, pêcheurs notamment, – cette rencontre est aussi ouverte au grand public intéressé par la vie de nos cours d’eau. « Le scientifique doit faire l’effort d’aller vers le grand public, de partager et vulgariser ses connaissances, et notamment de montrer les applications concrètes qui découlent de ses recherches », affirme le biologiste. Une bonne occasion, dès lors, d’aller décrire votre rivière idéale.

Marc-Henri Bawin
Photos : © M. Ovidio

Apports scientifiques récents à la gestion des peuplements de poissons et de leurs habitats

Colloque organisé par les Drs Michaël Ovidio et Jean-Claude Philippart (LDPH - unité de biologie du comportement du Pr Pascal Poncin) dans la continuité du 50e anniversaire de l’Aquarium-Muséum, le jeudi 30 mai dès 9h, à l’Aquarium-Muséum, quai Van Beneden 22, 4020 Liège.

Informations sur le site www.gpph.ulg.ac.be

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