Juin 2014 /235

Un demi-siècle d’Europe spatiale

Le CSL, hier, aujourd’hui, demain

Les 6 et 7 septembre prochains, le Centre spatial de Liège, mieux connu sous l’acronyme de CSL, fêtera ses 50 ans. L’occasion pour Le 15e jour du mois de revenir sur les temps forts de ce fleuron liégeois.

Au début des “golden sixties”, un jeune professeur de l’Institut d’astrophysique de Liège, André Monfils – dans l’orbite du Pr Pol Swings – mettait à l’heure spatiale une équipe de chercheurs et techniciens pour des expériences au moyen d’instruments optiques. Cette équipe, d’abord connue sous le nom d’IAL Space, grandit pour devenir le Centre spatial de Liège au sein de l’Université et au service de l’Agence spatiale européenne (ESA). Elle a conservé l’esprit pionnier de ses débuts en étant à l’avant-garde pour répondre aux exigences des systèmes spatiaux, tant en Europe qu’en Amérique.

Alors que les premiers satellites artificiels commencent à tourner autour de la terre, à l’Institut d’astrophysique de Liège, le service d’optique et de physique spatiale prend son envol sous la direction du Pr Monfils. Cette équipe dynamique de jeunes chercheurs s’implique dans les trois programmes de la Commission préparatoire européenne de la recherche spatiale (Copers), ancêtre de l’ESA : l’étude d’un nuage d’ammoniaque formé par une fusée-sonde dans l’atmosphère, l’envoi d’un spectrographe UV (ultraviolet) dans une aurore polaire et la première cartographie par satellite de la voûte céleste. Il est fait appel à l’industrie belge pour développer les instruments qui volent à bord de fusées lancées à partir de Kiruna (Suède), d’Andoya (Norvège) et de Fort Churchill (Canada). Ainsi, les entreprises Sabca de Bruxelles pour la mécanique des systèmes spatiaux et ETCA (aujourd’hui Thales Alenia Space Belgium) de Charleroi pour leur électronique sont, aux côtés du CSL, les grandes références de l’industrie wallonne pour les systèmes spatiaux.

Planck CSL IMG 9333L’expertise liégeoise dans le domaine spatial a les honneurs de la jeune Europe dans l’espace pour la réalisation du télescope stellaire UV à bord du premier satellite européen d’astronomie TD-1, lancé par la Nasa en mars 1972. Pour cette “première” sur orbite, il fallait étalonner l’instrument de vol dans des conditions proches de l’environnement spatial. L’Observatoire de Cointe s’est doté d’une cuve de simulation spatiale pour des tests de calibration photométrique sous vide. La cuve de 2 m de diamètre et 5 m de long, où l’on crée un vide poussé et des variations thermiques, voit le jour aux Ateliers de la Meuse, à Liège. Cette FOCAL-2 (Facility for Optical Calibration at Liege) est toujours opérationnelle dans l’infrastructure des moyens d’essais du CSL au Sart-Tilman. Elle a été rejointe par quatre autres simulateurs FOCAL, tandis que la PME Amos voyait le jour en 1983 pour leur réalisation et mise en oeuvre.

Que de “baptêmes” pour l’espace !

Avec l’avènement de l’ESA en mai 1975, l’infrastructure universitaire des tests sous vide est intégrée dans un réseau européen de moyens d’essais spatiaux. C’est la reconnaissance comme pôle d’excellence en Europe pour la qualification d’instruments optoélectroniques qui doivent fonctionner dans les conditions extrêmes. La qualité de ses prestations pour l’ESA et l’industrie spatiale européenne se trouve confirmée pour le détecteur européen du satellite Hubble Space Telescope (HST) de la Nasa, ainsi que pour la sonde Giotto de l’ESA qui frôle en mars 1986 le noyau de la fameuse comète de Halley. La Halley Multicolour Camera (HMC) qui prit les premières vues rapprochées – jusqu’à quelque 600 km – d’un noyau cométaire fut calibrée dans FOCAL-2.

Entretemps, à partir de 1984, IAL Space a emménagé dans le parc scientifique du Sart-Tilman, dans un bâtiment de quelque 4000 m² autour d’une salle propre avec trois cuves de simulation. En avril 1992, sous l’impulsion de Claude Jamar, il affiche de nouvelles ambitions en prenant le nom de Centre spatial de Liège (CSL). Depuis lors, dans ses cinq simulateurs FOCAL, on met à l’épreuve l’optique sensible des satellites d’observation de la voûte céleste, du Soleil, de l’environnement terrestre, ainsi que des composants de systèmes pour l’espace comme les panneaux solaires. En 2008-2009, un satellite complet de l’ESA y recevait son baptême pour l’espace : Planck – dont les instruments veulent percer les origines du Cosmos dans son bruit de fond – a été refroidi jusqu’à une température proche du zéro absolu (- 273°C). Lancé en mai 2009, ce satellite exceptionnel a réalisé avec brio sa mission à plus de 1,5 million de km de la Terre.

Planck-2Les 94 personnes du CSL – professeurs, chercheurs, ingénieurs et techniciens hautement qualifiés – sont impliquées dans trois activités principales, lesquelles démontrent la diversification de ses produits et services à grande valeur ajoutée. A ce jour, une trentaine d’équipements optoélectronique de grande complexité ont été testés, étalonnés et préparés au CSL. Non seulement pour l’ESA, mais aussi pour la Nasa ou le Centre national d’études spatiales français (CNES). Et ce ne sont pas moins de neuf observatoires sur orbite qui utilisent des instruments réalisés à Liège : Soho de l’ESA, deux Stereo de la Nasa, Proba-2 pour la connaissance du Soleil, Proba-V pour le suivi de la végétation globale, XMM, Integral, Herschel et Planck pour l’étude de l’Univers.

Un berceau d’innovations

Le Centre spatial de Liège reste fidèle à sa vocation première : concevoir et développer des instruments scientifiques innovants pour observer des phénomènes célestes ou l’environnement terrestre. Aujourd’hui, grâce à ces instruments, la communauté scientifique, tous les jours, une vue imprenable sur la surface agitée du Soleil. Thierry Chantraine, son directeur, relève les deux atouts majeurs du CSL : « D’abord, son personnel qui a atteint un niveau exceptionnel – reconnu dans le monde entier – de compétences, de savoir, de maîtrise des domaines technologiques ; ensuite, son intégration dans une Université qui permet de relever de nouveaux défis en recherche et en technologie lui octroyant de facto une position-clef dans la reconversion de la Cité ardente et du tissu industriel liégeois. »

L’innovation optique au CSL concerne des charges utiles qui couvrent les observations dans les rayons X, dans l’ultraviolet, l’infrarouge, etc. Dans les dix ans à venir, son expertise se trouvera valorisée sur plusieurs satellites Sentinel du système européen Copernicus de surveillance pour l’environnement et la sécurité, ainsi qu’à bord d’ambitieuses sondes dans le système solaire : Solar Orbiter, qui doit s’approcher à 45 millions de km de notre étoile ; Jupiter Icy Moons Explorer, qui partira explorer en 2030 plusieurs lunes “glacées” de l’énorme Jupiter.

Portes ouvertes, les 6 et 7 septembre

Les installations ultra-performantes du CSL ne se visitent pas aisément. Elles seront cependant accessibles au public les samedi 6 et dimanche 7 septembre prochains. L’occasion de découvrir les activités et projets du Centre ainsi que son personnel hautement qualifié. L’astronaute Frank De Winne, actuel directeur du Centre européen de formation des astronautes de l’ESA et docteur honoris causa de l’ULg en septembre 2012, sera présent le samedi 6 septembre. Il donnera une conférence sur son expérience dans l’espace. A cette occasion, il dédicacera le livre de son épouse (Lena Clarke De Winne, Dans les coulisses d’un vol de Frank De Winne) publié avec le soutien de l’Unicef, dont il est un ambassadeur de bonne volonté.

Au total 1500 personnes auront le privilège d’une visite les yeux rivés vers les étoiles et les programmes spatiaux !

L’accès aux installations du CSL est gratuit mais il est obligatoire de s’inscrire via le site www.50ansCSL.be

En outre, le CSL publiera en septembre un ouvrage aux éditions des Presses universitaires de Liège«FOCAL. 50 ans d’exploration au Centre spatial de Liège», signé Antonio Cucchiaro.  

Théo Pirard
Photo © J.-L. Wertz
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