Juin 2014 /235

La Grande Barrière de corail

1967 : une expédition belge qui a fait date

F905Alors que l’université de Liège se trouve géographiquement très éloignée de la mer, la diversité et la richesse des programmes de recherche qui y sont menées en biologie marine et même en biologie aquatique en font un de ses pôles d’excellence. Cette tradition liégeoise de l’étude des sciences de la mer qui s’est ramifiée jusqu’à nos jours a pris racine dès 1880 sous l’impulsion de personnalités scientifiques remarquables. Parmi ceux qui ont contribué au développement et à la solidification de ces disciplines, citons notamment Edouard Van Beneden, Hubert Damas ou encore Marcel Dubuisson. Ce dernier, élu Recteur de l’Université en 1953, a notamment été à l’origine de la création de structures telles que l’Aquarium-Muséum, la station de recherche sous-marine Stareso en Corse ou encore le Centre de formation et de recherche en aquaculture.

Photo : Le navire de la Force navale belge démilitarisé, "De Moor".

Pionnière ULg

F905-2Marcel Dubuisson a également été l’instigateur d’une expédition majeure menée à la Grande Barrière de corail en Australie en 1967. Cette mission financée par le FNRS était sous-tendue par un double objectif, à la fois scientifique et cinématographique : effectuer des prélèvements mais aussi réaliser un film documentaire intitulé justement La Grande Barrière de corail. Jusque-là, seules deux expéditions avaient été menées sur ce territoire marin. Celle de James Cook en 1770 et celle du Britannique C. M. Yong en 1929. Pour ce troisième périple, belge en l’occurence, Marcel Dubuisson souhaitait charger les scientifiques de récolter eux-mêmes les spécimens, contrairement à leurs prédécesseurs qui avaient laissé les plongeurs scaphandriers se charger de la besogne.

Photo : Le Prince Albert et le Recteur Marcel Dubuisson.

L’équipe prête à partir en juin 1967 était constituée de cinq chercheurs issus des universités de Liège, de Gand et de Louvain. Le jeune biologiste et assistant à l’ULg Jean-Claude Bussers figurait parmi eux en qualité de conseiller aux prises de vue. Il constitue aujourd’hui l’un des derniers témoins privilégiés de l’expédition : « Le Recteur m’a fait cette proposition un jour de février après m’avoir convoqué dans son bureau. Je n’avais jamais plongé et je n’avais jamais été à la Grande Barrière de corail. L’obtention d’un brevet de plongée sous-marine était la seule condition requise avant le départ : j’ai accepté et quelques mois plus tard, je me suis retrouvé à l’autre bout du monde, à bord du navire de la Force navale belge démilitarisé baptisé “De Moor”. Ma première plongée en mer s’est déroulée dans le lagon de l’île du Héron, où se trouvait la seule station de recherche de la Barrière. Cela reste la plus belle image de ma vie : une eau cristalline, une multitude de poissons et de médrapores, gorgones et éponges de toutes tailles et couleurs. Un relief fait de tours, de crevasses, de grottes, de falaises (les fameux tombants coralliens), une impression de sérénité et d’harmonie impossible à décrire et inoubliable… avec aussi un premier gros requin à quelques mètres de moi et rappelant que ce n’est pas un paradis pour tout le monde! »

Navigation à l’oeil

BarriereCorail-NASALe navire a levé l’ancre au Tropique du Capricorne pour longer la Grande Barrière et parcourir ainsi plus de 2000 km. Tous les 12 jours, l’équipage effectuait une halte sur le continent pour procéder au ravitaillement d’eau douce, de carburant et d’intendance. « A ce moment-là, il n’y avait pas de carte précise de la Grande Barrière, confie Jean-Claude Bussers. Il y avait beaucoup de zones incomplètes et blanches sur la carte. Nous naviguions à vue d’oeil avec un bateau qui n’était pas fait pour aller dans de tels endroits. Nous utilisions des lunettes polaroïdes qui permettaient de voir les récifs. » Des scientifiques étrangers ont également été invités sur le bateau pour de courtes périodes, notamment un spécialiste australien des serpents de mer et le Pr Yong qui n’avait plus vu la Grande Barrière depuis sa dernière expédition 40 ans plus tôt.

Avec plus de 500 spécimens de coraux ramenés et un documentaire au succès international, « l’expédition belge a suscité à l’ULg un intérêt accru pour la biologie marine, en Corse d’abord, puis pour l’écologie corallienne qui s’est, dès les années 90, concrétisé par de nombreuses missions sur les récifs de Papouasie Nouvelle-Guinée et de Polynésie française », se félicite le chercheur.

L’exposition permanente “Coraux sous les tropiques” débute par un rappel de l’expédition de 1967. Elle présente la route empruntée par la frégate démilitarisée “De Moor”, la maquette du navire, une vidéo avec le témoignage de Jean-Claude Bussers sur fond d’extraits du film La Grande Barrière.

Marjorie Ranieri
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