Avril 2015 /243

L’Aquarium-Muséum de Liège

Le 12 novembre 1962

AquariumL’an dernier, près de 95 000 visiteurs se sont rendus à l’Aquarium-Muséum pour y contempler la beauté et la diversité des collections de sciences naturelles. Aussi surprenantes que variées, celles-ci rassemblent près de 20 000 pièces acquises au gré d’expéditions historiques, d’achats et de dons. Ces trésors zoologiques ont permis à l’Institution de se positionner comme la première attraction culturelle et touristique liégeoise. Depuis le plus minuscule des insectes jusqu’à l’imposant squelette de rorqual en passant par la carcasse d’un éléphant indien, chaque spécimen possède sa propre histoire indissociable de celle du bâtiment en bord de Meuse.

1817, la naissance des collections

Si les collections muséales visibles aujourd’hui ont été constituées, préservées et enrichies par les scientifiques qui ont oeuvré au sein de l’Institut zoologique, elles doivent néanmoins leur existence à Guillaume d’Orange, fondateur de l’ULg, qui lui légua plus de 2000 coquilles de mollusques issues de son cabinet personnel. L’accroissement et l’étendue des spécimens à toutes les autres formes du règne animal se sont ensuite perpétués sous la tutelle de personnages tels que Jean-Théodore Lacordaire ou d’Édouard Van Beneden.
Ce dernier, savant féru de biologie marine, a joué un rôle majeur dans le développement du patrimoine universitaire. Il fut non seulement chargé de la fondation de l’Institut zoologique en 1888, mais aussi de l’acheminement et de la conservation des pièces des collections vers les combles du nouvel édifice. Parmi les spécimens les plus rares et les plus imposants figuraient quatre squelettes de baleines en provenance des fjords de Norvège.
De nombreuses histoires circulent au sujet des cétacés sans que l’on sache vraiment démêler le vrai du faux. S’il est admis que les squelettes de baleines acquis par la famille Van Beneden ont bien été entreposés dans les greniers de l’Institut dès la fin de sa construction en 1888, leur état originel et le sort qui leur a été réservé avant cette date reste incertain. En effet, deux versions circulent. Dans la première, les squelettes seraient arrivés complètement nettoyés : ils auraient alors été stockés dans les locaux de l’Université avant leur départ définitif pour l’Institut. Dans la seconde, les carcasses non dépecées auraient été transportées par chalands puis déposées sur les berges herbeuses en face de l’Institut et recouvertes de fumiers pour faciliter leur décomposition. Sonia Wanson, la directrice adjointe de l’Aquarium-Muséum, fait le point : « Nous disposons de très peu d’informations. Les archives restent muettes à ce sujet mais il est difficile de croire que les carcasses de ces quatre gros cétacés aient été en proie aux asticots et aux mouches juste devant le bâtiment pendant des années. Le mystère reste donc entier. Le seul enfouissement dont nous avons la certitude concerne la dépouille de l’éléphant Adèle, acquise en 1932. Le Pr Désiré Damas et Jules Barlet, un doctorant en zoologie, l’ont enterrée dans le jardin de l’Institut et puis la nature s’est chargée du reste... »
Contrairement aux baleines, l’histoire d’Adèle est beaucoup mieux connue. En 1932, le pachyderme âgé d’une quarantaine d’années a rejoint les collections muséales après avoir été légué par le propriétaire du cirque Sarrasani : un incendie meurtrier s’était produit pendant la nuit dans son étable, tuant cinq éléphants.
Aquarium2Le Pr Désiré Damas et son assistant ont saisi l’occasion et se sont empressés d’aller retirer la dépouille à Anvers pour la ramener à Liège. Après un trajet mouvementé en camion et un détour par l’abattoir, la carcasse a fini sa course dans le jardin de l’Institut. Les choses sérieuses ont alors commencé... Jules Barlet, à l’époque doctorant en zoologie, a été enrôlé dans l’aventure par le Pr Damas. Muni d’une pelle, il est venu prêter main-forte à la petite équipe pour creuser une fosse et enfouir l’éléphant dans le sable. Une expérience inoubliable qu’il a relaté avec beaucoup d’humour tout au long de sa carrière scientifique.

De la reconstitution à l’exposition du rorqual

A l’issue du second conflit mondial, le recteur Marcel Dubuisson procéda à des travaux de rénovation pour gommer les stigmates laissés par la guerre. Il entreprit simultanément l’agrandissement de l’Institut zoologique afin d’y aménager un Aquarium et un Musée de zoologie et de rendre accessibles au public les collections endormies dans les combles depuis le XIXe siècle.
L’équipe procéda alors à une réorganisation minutieuse des différents spécimens zoologiques afin de les répartir selon leur appartenance thématique sur une superficie de 1000 m2. Parmi les squelettes de baleines soigneusement conservés, trois furent prêtés à l’Institut royal des sciences naturelles de Belgique et un fut précieusement gardé afin d’être exposé comme pièce maîtresse dans la salle des mammifères du monde. « C’est à Fritz Carpentier et son assistante qu’est revenue la lourde tâche de la reconstitution du squelette du rorqual », précise Sonia Wanson. Une entreprise complexe qui a eu lieu en juin 1959 dans le jardin de l’Institut avant le montage définitif dans le nouvel espace muséal. Le 12 novembre 1962, le mastodonte de trois tonnes et de 18 mètres de long a été dévoilé lors de l’inauguration officielle de l’Aquarium et du Musée. En 2013, il a subi un véritable lifting : dépoussiérage, nettoyage et colmatage des fissures. Plus de 50 ans plus tard, il a retrouvé son rendu originel et fascine toujours autant.

Informations sur le site www.aquarium-museum.ulg.ac.be

Marjorie Ranieri
Photos : Auarium-Muséum
Imprimer | printer PDF | printer Envoi par Courriel |
|
Egalement dans le n°269
Éric Tamigneaux vient de recevoir le prix ACFAS Denise-Barbeau
D'un slogan à l'autre
Résultats de l'enquête auprès de "primo-arrivants" en faculté des Sciences
21 questions que se posent les Belges
Le nouveau programme fait la part belle à l’histoire de la cité
Panorama des jobs d'étudiants