Mai 2015 /244

Entre 4 Yeux

Une guilde pour la 3D

À Cannes, le 15 mai, le Pr Jacques Verly de l’Institut Montefiore (faculté des Sciences appliquées) a annoncé la création d’une “Guilde 3D”, dans l’esprit médiéval qui unissait jadis les artisans pour défendre leurs intérêts. L’objectif : fédérer les forces de ceux qui travaillent dans le domaine. Il a aussi annoncé un nouveau prix aux innovations artistiques, scientifiques et techniques en 3D. Avec Marc Umé, docteur ingénieur civil, électro-mécanicien-aérospatiale (1988), cofondateur et administrateur délégué de Digital Graphics, c’était l’occasion de croiser les points de vue sur la réalité actuelle de la 3D.

Le 15e jour du mois : La 3D, c’est quoi aujourd’hui ?

VerlyJacquesJacques Verly : Beaucoup pensent au divertissement, mais ce n’est que la pointe de l’iceberg. Depuis lontemps, on fait de la 3D dans le secteur de l’industrie, du médical, de l’aérospatial, etc. Le domaine de la défense reste un précurseur. Aujourd’hui, le 3D printing explose, l’impression 3D des aliments bouillonne. Dans les voitures, des caméras 3D détectent les obstacles, et des capteurs 3D analyseront l’occupation des sièges et alimenteront des systèmes de commande gestuelle. Avec l’arrivée du high dynamic range, du wide color gamut ou encore du laser-illuminated projection, l’expérience des films en 3D va encore s’améliorer. Cependant, les films 3D de qualité tels que Gravity et The Young and Prodigious T.S. Spivet manquent !

Le 15e jour : Quel est l’objectif de la Guilde 3D ?

J.V. : L’organisation de 3D Stereo MEDIA nous donne une vue de ce qui se fait dans ce domaine. Dans le cinéma 3D, nous avons senti qu’il serait utile d’unir les forces des “artisans” de façon à permettre à ce secteur de continuer à se développer. Avec Alain Gallez, coorganisateur du colloque annuel, nous avons créé de toutes pièces la 3D Guild (une ABSL internationale) et son Award, en coopération étroite avec des acteurs clés de la 3D en Europe, et en harmonie avec nos partenaires à Hollywood. Nous avons voulu une association “de personnes pour des personnes”, dénuée d’influence “corporate” et couvrant toutes les facettes de la 3D.

Le 15e jour : Vous voyez donc un futur brillant pour la 3D ?

J.V. : Absolument ! Pour la partie invisible de l’iceberg 3D, les applications scientifiques et techniques continuent à avancer rapidement, avec des retombées économiques. Récemment, on annonçait que le graphène pourrait rendre possible l’imagerie holographique sur un mobile ! Quant au cinéma, les nouvelles technologies déjà mentionnées arrivent. Ce qui manquera, ce sont les contenus 3D en relief de qualité pour le cinéma, la TV ou la réalitée virtuelle. Une opportunité à saisir dans notre région et une synergie parfaite avec la vue actuelle du politique d’une Wallonie plus que jamais numérique et connectée.

Le 15e jour du mois : Comment voyez-vous le développement de la 3D, dans ses applications ?

UmeMarcMarc Umé : L’idée même de la 3D est de se rapprocher au mieux de la vision humaine. Que ce soit pour maîtriser un outil, piloter une machine ou encore s’immerger dans une autre réalité, une foule d’applications sont possibles : aide à la chirurgie, déclinaisons industrielles, réalité augmentée, etc. La 3D peut également être associée à de l’interactivité, ce qui peut rendre l’expérience encore plus percutante. Cela concerne de multiples marchés : la formation, la défense, la muséographie ou encore le cinéma évidement.

Le 15e jour : Quid du cinéma en 3D ?

M.U. : Il y a eu une inversion des priorités car elle a été encouragée pour inciter les gérants de salles de cinéma à s’équiper en matériel numérique. Mais la 3D ne correspond pas simplement à la 2D avec une caméra en plus pour créer l’effet stéréoscopique. Il y a tout un langage qui lui est propre et nous n’en sommes qu’au début de la grammaire.
Pour ce qui est des tournages en live, il faut une infrastructure spécifique : double caméra parallèle avec un effet miroir et une armature qui garde les deux caméras perpendiculaires, techniciens “stéréographeurs” pour les réglages et les effets spéciaux du film, etc. Le surcoût monte à 35 ou 40% sur le budget image, qui est bien sûr récupéré grâce aux recettes des blockbusters. En Europe, le cinéma reste très subsidié : il est dès lors difficile de financer ces surcoûts.

Le 15e jour : Quels sont alors les enjeux du développement de la 3D ?

M.U. : La TV en relief existe déjà mais exige certains positionnements précis par rapport à l’écran. Un système de caméra qui suit le mouvement des yeux existe, même pour plusieurs téléspectateurs, mais reste inapplicable pour une salle de 200 spectateurs. Je pense que c’est justement ce port obligatoire de lunettes qui a participé au flop de la TV en 3D. Le business model ne tenait pas la route sans une augmentation de l’audience qui n’est pas venue aussi par manque de contenu généraliste. D’autres pistes technologiques restent à explorer, comme par exemple la vision holographique ou la 3D sans le port de lunettes.

Informations sur le site www.3dguild.eu

Propos recueillis par Fabrice Terlonge
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