Mars 2016 /252

Les vaches au régime

Réduire les émissions de méthane des bovins, via le choix des aliments

VacheRegimeA l’étable ou en pâture, les vaches ne se contentent pas de produire du lait et de la viande. Elles fabriquent également du méthane. C’est le “prix à payer” pour leur faculté – totalement étrangère à l’homme – de transformer la fibre végétale en protéine. Pour qualifier ce processus, les spécialistes utilisent le terme de “fermentation entérique”, soit la décomposition microbienne des aliments dans le rumen. Sous nos latitudes, cette fermentation entraîne l’émission de 400 à 500 grammes de méthane (CH4) par jour et par animal. Cela peut paraître peu de chose, mais le méthane a un pouvoir de réchauffement de l’atmosphère 24 à 25 fois supérieur à celui du CO2. Et, multipliée par le nombre de bovins présents à la surface de la terre, cette estimation donne la véritable mesure d’un problème qui se pose actuellement à l’échelle mondiale : comment réduire la contribution de l’élevage à l’effet de serre ?

Pour limiter cet impact, on peut privilégier telle race plutôt qu’une autre. Mais on peut, aussi, choisir l’alimentation avec plus de discernement. Dans les pays industrialisés, il est en effet rarissime que les vaches se contentent de brouter de l’herbe en prairie, particulièrement à la mauvaise saison. Elles sont généralement nourries via des compléments alimentaires, où les tourteaux (des sous-produits de diverses industries agroalimentaires riches en protéines et en énergie) se taillent la part du lion. En jouant par exemple sur la nature et la proportion de graisses ou de fibres dans ces tourteaux, on parvient à pousser la vache à produire davantage de viande ou de lait. Le tout est de s’assurer que ces compléments ne nuisent ni à la santé de l’animal à long terme, ni à l’environnement. Tout un art, assurément... Qui, pour passer de l’expérimentation en laboratoire à l’application in situ à vaste échelle, exige un long processus de démonstration et de dissémination.

UN “LIFE” NOUVELLE MOUTURE

DufrasneIsabelle-LessireFrancoiseTel est le sens du projet “Life-Dairyclim”, coordonné au sein du département des productions animales de la faculté de Médecine vétérinaire de l’ULg. « Les projets européens “Life” sont généralement connus pour leur contribution à la conservation de la nature et à la régénération de la biodiversité, explique Isabelle Dufrasne, enseignante et chercheuse au service de nutrition de la faculté de Médecine vétérinaire. En 2014, un troisième volet a été ajouté : le changement climatique. Nous sommes parmi les premiers à l’inaugurer. » Mis sur pied en collaboration avec l’université d’Aarhus au Danemark, le projet poursuit deux objectifs : diminuer les émissions de méthane en optimalisant les rations des vaches laitières et diminuer l’empreinte carbone du lait en valorisant le pâturage.

Photo : Isabelle Dufrasne et Françoise Lessire

Life-Dairyclim a débuté en octobre dernier. Concrètement, quatre types de rations alimentaires sont actuellement mis au point dans la ferme expérimentale de l’ULg (Care Fepex), située au Sart-Tilman. Pour chacune des formules alimentaires retenues, il s’agit de tester la production de CH4 par l’animal, mais aussi la qualité et la composition de son lait. « Un appareillage spécifique, installé directement dans l’auge du robot de traite, permet de mesurer la quantité de méthane émise par l’animal toutes les trois secondes, souligne Françoise Lessire, assistante à la faculté de Médecine vétérinaire. Sachant que la vache est traite trois fois par jour, à raison de cinq à six minutes par opération, nous allons devoir interpréter une grande quantité de données. » L’université d’Aarhus s’attellera, avec l’aide du Pr Nicolay (département de mathématiques de l’ULg), à quantifier l’ensemble des intrants de la ferme dans une perspective à la fois environnementale et économique, centrée sur l’analyse des cycles de vie. Avec comme objectif de réduire l’empreinte carbone de l’exploitation. Il s’agit, notamment, de privilégier les compléments alimentaires produits localement (tourteaux de colza, par exemple) plutôt que ceux provenant de régions plus lointaines (tourteaux de soja, etc.).

BONNES PRATIQUES

À partir de juin 2017, les meilleures rations mises au point dans la ferme expérimentale liégeoise entreront en pratique dans dix fermes pilotes en Belgique, au Grand-Duché de Luxembourg et au Danemark. Les résultats de ces expérimentations compléteront les données récoltées, ces derniers mois, via un questionnaire rempli par près de 900 éleveurs belges. « En 30 ans, les habitudes et les connaissances en matière d’alimentation et de pâturage se sont érodées parmi les éleveurs, notamment à cause des pressions visant à augmenter la taille des troupeaux, observe Isabelle Dufrasne. On a, certes, l’impression générale que les animaux restent de plus en plus longtemps à l’étable, et de moins en moins en pâture... Mais cela se vérifie-t-il dans la réalité ? » À terme, Life-Dairyclim devrait accoucher d’un manuel de bonnes pratiques et d’un site internet, à l’intention des professionnels de l’élevage.


Philippe Lamotte
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