Septembre 2016 /256

Esthétique des marges

Apocalypse Bébé au Théâtre de Liège

Pour la rentrée 2016, le Théâtre de Liège nous propose Apocalypse bébé, adaptation scénique de Selma Alaoui du roman éponyme de Virginie Despentes.

Lucie Toledo, détective privée, enquête sur la disparation de Valentine, accompagnée de “La Hyène”, personnage lesbien, aux méthodes tout autant discutables qu’efficaces. Sur les traces de l’adolescente, les deux femmes se lancent dans une aventure les menant de Paris à Barcelone. Voilà en quelques lignes l’intrigue d’Apocalypse Bébé. Son auteure, Virginie Despentes, s’est fait connaître en 1998 avec la sortie de Baise-moi, roman dont l’adaptation cinématographique avait créé la polémique. L’artiste ne s’est depuis jamais départie de cette réputation sulfureuse, au travers d’une œuvre critiquant l’ordre social et moral et explorant à cette fin des thèmes tels que le féminisme, la sexualité, l’obscénité, la violence ou la toxicomanie.

JEU SUR LE(S) GENRE(S)

ApocalypseBebeAlternant entre l’enquête policière et le road movie, le roman de Despentes se plaît à jouer sur les codes de ces deux genres dans une logique moins parodique que référentielle, en favorisant les détournements. Habituellement relégués au rang de seconds rôles, ce sont ici deux personnages féminins qui mènent l’enquête. Transgression des genres qui ne s’arrête pas là, puisque ces deux femmes échappent aussi aux canons classiques, chacune affirmant ou découvrant, au fil du récit, son homosexualité. Le jeu sur les genres, on le voit, devient également un jeu sur la question du genre : quelle place pour la femme dans le récit ? Mais pas seulement. C’est un ensemble de personnages marginaux qui peuple l’univers du roman.

Apocalypse bébé est un ouvrage qui a marqué Selma Alaoui, nourrissant son imaginaire et son travail artistique depuis de nombreuses années. Particulièrement ses personnages marquants, tout autant par leur médiocrité que par leur singularité, et le caractère résolument politique de l’œuvre qui porte un regard visionnaire sur notre époque, loin des clichés et des stéréotypes. Les femmes y ont une place spécifique, comme l’explique la metteuse en scène : « Je trouve que les femmes ne sont pas bien représentées au théâtre dans leur multiplicité, leur complexité. Celles que Despentes choisit de mettre en scène ne sont pas forcément belles ni séduisantes ; elles sont parfois violentes. Elles échappent à l’archétype de la femme hétéro, soit mère soit séductrice. » Selma Alaoui entend transposer ce texte dans ce qu’il a de critique mais aussi de vivant, en se concentrant sur la question de la parole. Avec un message d’espoir, comme elle le souligne : « L’œuvre est là pour dire que d’autres voies que la norme sont possibles. Dire ça, c’est envisager une infinité de possibles pour l’existence. »

Apocalypse Bébé

D’après Virginie Despentes, Selma Alaoui, au Théâtre de Liège, place du 20-Août 16, 4000 Liège, à partir du 25 septembre.

Réservations et informations : tél. 04.342.00.00, site http://theatredeliege.be/evenement/apocalypse-bebe/

Philostory

À l’occasion de cette représentation, Maud Haglestein (FNRS-ULg) recevra Elsa Dorlin, professeure de philosophie politique et sociale au département de science politique de l’université Paris VIII, spécialiste des questions de genre, le 26 septembre à 19h au Théâtre de Liège, place du 20-Août 16, 4000 Liège.
Réservation auprès de la billetterie du Théâtre. Gratuit pour les détenteurs d’un ticket de spectacle

 





Kevin Jacquet
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