Novembre 2017 /268

Des violences faites aux femmes

L’opinion de Florence Laffut, Héloïse Husquinet et Roger Herla

L’affaire Weinstein et la vague internationale de témoignages sur les réseaux sociaux qui a suivi ont mis les violences faites aux femmes au cœur de l’espace médiatique. Les #balancetonporc ou #metoo semblent indiquer que la parole des femmes victimes de violences sexuelles se libère. La réalité que cette parole recouvre et qui semble susciter l’étonnement est pourtant dénoncée depuis des décennies par des associations comme le Collectif contre les violences familiales et l’exclusion (CVFE) qui luttent aux côtés des femmes pour faire entendre leur voix. Mais entre entendre et écouter, il y a un choix politique à faire.

Au-delà des secrets de polichinelle d’un monde de strass et de paillettes, l’affaire Wainstein révèle l’existence de telles pratiques dans tous les milieux sociaux et professionnels – le monde universitaire ne faisant pas exception. Elle attire aussi l’attention sur le fait que les auteurs peuvent longtemps agir impunément. Cette impunité n’est pas seulement liée au silence douloureux des victimes : elle se nourrit également des hésitations, des non-dits et des renoncements de ceux et celles qui savent mais se taisent.

Les violences sexuelles ne sont pas la traduction de pulsions irréversibles, mais bien le fait d’un individu qui assouvit ses fantasmes en usant de sa position de pouvoir sur l’autre et en le renforçant au passage. Notons que, par an, en Belgique, 3000 plaintes pour viol sont déposées. 98% des femmes affirment avoir été l’objet de comportements sexistes dans la rue ou les transports en commun et 60% avoir subi du harcèlement sexuel. Ces chiffres ne mettent pas en lumière un “problème de femmes”, mais un véritable “fait social” qui concerne chacun d’entre nous et s’enracine dans une société où les rapports hommes-femmes sont encore inégaux sur de nombreux plans (salaires, pensions, accès aux espaces publics et semi-publics, etc.).

Alors, bien sûr, on peut se réjouir du fait que la parole des femmes se libère. Mais il ne faudrait pas non plus faire porter aux seules victimes la responsabilité de se faire entendre. La possibilité d’énoncer cette parole dépend aussi de la capacité des institutions et des individus de l’accueillir. Ce qu’il faut, c’est développer des espaces d’écoute réelle, sans banalisation, sans jugement, sans stigmatisation. La mort de Louise, étudiante française résidant à Liège, assassinée par son voisin il y a quelques semaines, révèle combien l’accueil et l’écoute des victimes posent problème. Trop souvent encore, leur parole est banalisée et minimisée. Or, ces violences prennent de multiples formes et s’inscrivent dans un continuum : “microviolences”, blagues sexistes, mains aux fesses “juste pour rire”, actes sexuels non consentis (même au sein du couple), s’ils sont tolérés, participent à banaliser voire encourager des violences qui peuvent aller jusqu’au féminicide.

En ce sens, nous avons toutes et tous un rôle à jouer : reconnaitre que nous vivons dans une société encore inégalitaire entre femmes et hommes, ne plus tolérer le sexisme et prendre position pour lutter contre les violences faites aux femmes. Le samedi 25 novembre prochain*, une manifestation féministe nationale de lutte contre les violences faites aux femmes est organisée à Bruxelles : une opportunité pour montrer son soutien et prendre part à ce processus…

Florence Laffut, Héloïse Husquinet (alumni, histoire 2015) et Roger Herla (alumni, psychologie 1999)
Collectif contre les violences familiales et l’exclusion (CVFE) - Liège

* voir www.cvfe.be

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