Novembre 2017 /268

Surveiller la faune sauvage

Les 17 et 18 novembre prochains, à l’initiative de deux étudiantes belges membres de l’European Student Chapter of the Wildlife Disease Association, la faculté de Médecine vétérinaire accueillera le symposium intitulé “Wildlife Conservation, turning science into practice”.

Selon une étude publiée dans Nature : « 60% des maladies infectieuses émergentes chez l’homme sont des zoonoses dont plus de 70 % ont pour origine la faune sauvage », signale Annick Linden, professeur à la faculté de Médecine vétérinaire et responsable du service de santé et pathologies de la faune sauvage.

AGENTS PATHOGÈNES

ChevretteLe VIH, les virus influenza aviaires, Ebola ou le virus de la rage, pour ne citer que les plus médiatisés, figurent parmi les multiples agents pathogènes transmissibles à l’homme dont les hôtes réservoirs sont des animaux sauvages (chauve-souris, singes, oiseaux, etc.). Les activités humaines, la mondialisation des voyages ou les modifications de l’environnement sont autant de facteurs qui favorisent les contacts entre l’homme et certaines espèces sauvages. Ces changements sont à l’origine de la transmission d’agents pathogènes susceptibles de franchir la barrière entre espèces. « Le risque de contracter une maladie au départ d’animaux sauvages existe aussi dans nos régions, explique Annick Linden. C’est le cas notamment de l’échinococcose alvéolaire, une maladie rare mais qui peut être mortelle chez l’homme. »

En 2016, le CHU de Liège a fait état de sept nouveaux cas humains d’échinococcose alvéolaire, un parasite porté par les renards qui excrètent les œufs dans leurs matières fécales. L’homme se contamine en ingérant des fruits ou des légumes crus souillés par ces excréments. D’autres maladies comme la trichinellose, la brucellose ou la tuberculose peuvent aussi être transmises à l’homme au départ d’animaux sauvages. L’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) a inscrit cette problématique dans ses priorités et œuvre pour améliorer la surveillance, la prévention et le contrôle de la santé de la faune sauvage.

C’est autour de ce concept “One Health” que le service de santé et de pathologies de la faune sauvage a orienté ses activités de recherche. D’une part, il contribue à la détection d’agents pathogènes dangereux pour l’homme ou la faune domestique et propose des mesures de lutte le cas échéant. D’autre part, il veille à l’information des professionnels en contact avec ces animaux sauvages (chasseurs, agents forestiers, éleveurs, etc.). Pour remplir ces missions, Annick Linden a créé le “Réseau de surveillance sanitaire de la Faune sauvage”* financé par des fonds régionaux, fédéraux et européens. Constitué de cinq chercheurs ainsi que d’une vingtaine de vétérinaires partenaires, le réseau examine plus de 2000 animaux sauvages par an (sangliers, cerfs, chevreuils, oiseaux, blaireaux, etc.). « Notre équipe se rend sur les zones de chasse et réalise des prélèvements sur les animaux abattus. Les échantillons sont ensuite analysés. Le choix des agents pathogènes recherchés s’intègre dans une procédure de hiérarchisation revue annuellement et qui répond à des objectifs de santé publique et animale, confie Annick Linden. Nous réalisons aussi des autopsies sur des animaux sauvages trouvés morts qui ont été déposés dans notre service ou dans nos centres de collectes par des agents forestiers du SPW ou par des chasseurs. »

MESURES PROPHYLACTIQUES

Depuis le début du projet, le réseau de surveillance a détecté plusieurs agents pathogènes émergents ou réémergents dans les populations sauvages de la région. Ces résultats ont fait l’objet de publications dans des revues internationales : il s’agit notamment de la fièvre catarrhale ovine, du virus de Schmallenberg, d’hépatite virale ou de tularémie. Aucun cas de tuberculose bovine, de peste porcine classique ou de peste porcine africaine n’a été détecté. Par contre, des maladies endémiques, telles que la maladie d’Aujeszky et la brucellose (sangliers) ou la paratuberculose (cervidés), font l’objet d’une surveillance programmée. Des mesures de contrôle, de limitation des déplacements des animaux ou de vaccinations sont parfois recommandées par le service.

* www.faunesauvage.be

Wildlife Conservation

Symposium, le vendredi 17 et le samedi 18 novembre en faculté de Médecine vétérinaire, quartier Vallée 2, campus du Sart-Tilman, 4000 Liège

Avec notamment la participation du Pr Stéphane Lair, responsable du service de médecine zoologique à l’université de Montréal, directeur régional du Réseau canadien pour la santé de la faune sauvage.

* courriel ewdastudent@gmail.com, site www.wildlifeconservation.be

Marjorie Ranieri
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