Le 15e jour du mois
Décembre 2017 /269

Pourquoi l'immigration?

21 questions que se posent les Belges

Jean-Michel Lafleur, chercheur qualifié au FNRS-ULiège, et Abdeslam Marfouk, chercheur à l’IWEPS et à l’ULiège, publient un livre intitulé Pourquoi l’immigration ? 21 questions que se posent les Belges sur les migrations internationales au XXIe siècle. Disponible gratuitement sur la plateforme ORBi, cet ouvrage destiné au grand public veut identifier l’opinion des Belges sur plusieurs questions liées à l’immigration et répondre aux clichés et stéréotypes sur base de données scientifiques.

PourquoiImmigration-Cover« Que le livre ait été téléchargé plus de 10 000 fois en 15 jours est révélateur de ce que bon nombre d’acteurs sont en demande d’informations claires et scientifiquement valides sur les questions liées à l’immigration, souligne Jean-Michel Lafleur, coauteur et directeur adjoint au Centre d’études sur l’ethnicité et des migrations (Cedem) de l’ULiège. Énormément d’informations, pas toujours fiables, circulent à ce sujet, si bien qu’il est devenu difficile de démêler le vrai du faux, ou de différencier ce qui est vrai pour la Belgique et ce qui l’est pour d’autres pays. » Visionnée plus de 230 000 fois sur facebook, la capsule vidéo qui a accompagné la publication de l’ouvrage – un micro-trottoir réalisé dans les rues de Liège – en est une excellente illustration. À la question de savoir quel pourcentage de la population belge les immigrés peuvent bien représenter, des passants interrogés hochent la tête : 36 %. Et un autre de surenchérir : « Moi, je pense bien qu’il s’agit de 56 %. » Des estimations bien au-delà de la réalité puisque 16 % seulement de la population belge est constituée d’immigrés.

DIVERSITÉ DE CHIFFRES

Selon les auteurs, il était nécessaire de répondre aux questions les plus fréquentes. « À plus forte raison parce que nous sommes persuadés que, de l’école au lieu de travail en passant par la cellule familiale, il est devenu difficile de parler de ce sujet qui polarise et crée des conflits. Or ne plus en parler renforcera immanquablement les préjugés et les stéréotypes. » L’ouvrage a donc pour vocation de fournir au public en général, y compris les journalistes et les décideurs politiques, une série de clés pour discuter plus rationnellement de l’immigration.

« Quoi que l’on pense de la politique d’asile belge en vigueur actuellement – qui consiste à limiter autant que possible les flux migratoires entrants –, il reste que, pour justifier cette limitation, d’aucuns utilisent une série d’arguments incorrects ou parcellaires, relève le sociologue. Ainsi, lorsque l’on avance que la Belgique n’est pas en mesure de recevoir davantage de demandeurs d’asile parce que le coût serait insupportable pour nos finances publiques, les chiffres démontrent le contraire. »

Et l’ouvrage d’indiquer que, bien que les Belges soient préoccupés par l’impact de l’arrivée des demandeurs d’asile sur le budget de l’État, l’enveloppe allouée en 2015 à Fedasil, l’agence fédérale en charge de leur accueil, ne représentait que quelque 300 millions d’euros, soit 0,14 % des dépenses des administrations publiques cette année-là.

LafleurJeanMichel« Il est bien entendu permis de discuter de ces 300 millions d’euros, ou sur le fait qu’il existe effectivement une surreprésentation des étrangers parmi les bénéficiaires du chômage ou des allocations familiales. Mais il faut alors rappeler, pour fournir au public une vision complète et nuancée du phénomène migratoire, que le plus gros poste de dépenses de notre Sécurité sociale est représenté par nos pensions, où les migrants, plus jeunes en moyenne que la population belge dans son ensemble, sont sous-représentés. Dans cet ouvrage, nous essayons de montrer qu’il existe une diversité de chiffres. Les migrants sont, au contraire, surreprésentés dans la population active et contribuent positivement à l’activité économique. » Les auteurs rappellent en effet que la contribution nette des immigrés aux finances publiques belges a été estimée à près de trois milliards d’euros par l’OCDE en 2013.

LES BELGES, CES MIGRANTS

Abdeslam Marfouk et Jean-Michel Lafleur concluent leurs “21 questions” en clin d’œil, relevant que près d’un demi-million de Belges vivent actuellement à l’étranger et sont eux-mêmes des migrants. Il s’agit d’une migration essentiellement européenne, concentrée dans les pays limitrophes de la Belgique. « La Belgique est en réalité un pays de circulation plus que d’immigration, constate Jean-Michel Lafleur. Elle accueille une immigration elle-même avant tout et majoritairement européenne, mais elle voit aussi plusieurs milliers de personnes, belges et étrangères, la quitter chaque année. Les flux migratoires vont dans les deux sens. Il serait bon pour la Belgique de reconnaître plus clairement cette émigration et cesser de se voir uniquement comme un pays d’accueil. Elle est un pays que l’on rejoint mais aussi que l’on quitte. »

Pourquoi l’immigration ? 21 questions que se posent les Belges sur les migrations internationales au XXIe siècle

Jean-Michel Lafleur et Abdeslam Marfouk, Academia-L’Harmattan, Louvain-la-Neuve, 2017.

* ouvrage disponible en librairie et téléchargeable gratuitement sur www.news.uliege.be/21questions

 

Patrick Camal
Photo portrait : J.-L. Wertz

© Université de Liège - http://le15ejour.uliege.be/ - 20 juillet 2018