Mars 2010 /192
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L’homosexualité a une origine biologique

Jacques Balthazart est chargé de cours à l'ULg. Il fait partie du Giga-neurosciences où il dirige un groupe de recherche en neuro-endrocrinologie du comportement.

BalthazartJacquesC'est peu dire que le dernier livre de Jacques Balthazart paru en février dernier aux éditions Mardaga, Biologie de l'homosexualité. On naît homosexuel, on ne choisit pas de l'être, a fait du bruit dans la communauté gay ... et ailleurs. Et pour cause. Alors qu'il est couramment admis que l'orientation hétéro ou homosexuelle d'un individu est le résultat d'interactions sociales qui se déroulent dans la petite enfance, alors que les théories psychanalytiques freudiennes analysent l'homosexualité comme le résultat d'un blocage du développement de la libido à un stade immature, Jacques Balthazart affirme que l'homosexualité dépend de déterminants biologiques prénataux.

Il certifie ainsi qu'une large proportion des homosexuels naissent avec une orientation qui se révèle à eux de façon progressive au cours de l'adolescence et n'est acceptée, bien souvent, qu'au prix d'une souffrance psychologique importante. La compréhension des mécanismes biologiques devrait conduire à une acceptation plus large de l'homosexualité dans la population et réduire la souffrance des personnes concernées.

Rencontre avec un iconoclaste qui a défrayé la chronique.

Le 15e jour du mois : Comment êtes-vous arrivé à ce sujet d'études ?

Jacques Balthazart : J'ai consacré toute ma carrière scientifique à l'étude des hormones qui interviennent dans le comportement sexuel et me suis intéressé particulièrement aux sujets mâles chez les oiseaux, lesquels ont constitué pour mes recherches un modèle des plus intéressants. Un des sujets principaux de recherche dans le laboratoire concerne la différenciation du comportement sexuel. Nous analysons comment les hormones agissant pendant la vie embryonnaire déterminent le type de comportement qui sera exprimé par les animaux lorsqu'ils auront atteint l'âge adulte. En parallèle, de nombreux travaux menés sur des rats ont montré que leur comportement sexuel à l'âge adulte est défini par des effets organisateurs précoces qui se produisent pendant la vie embryonnaire. A un moment précis du développement du cerveau - autour de la naissance dans le cas du rat - interviennent des hormones qui vont définir la morphologie de l'individu, sa physiologie et son comportement sexuel. La testostérone organise très clairement le cerveau et aussi l'orientation des comportements sexuels.

Le 15e jour : Et chez l'homme ? Les hormones embryonnaires influencent-elles le cerveau du futur adulte ?

J.B. : Si le comportement sexuel des animaux est contrôlé par les hormones, pourquoi ne serait-ce pas aussi le cas chez l'homme ? La littérature scientifique montre que le caractère sexué d'un individu dépend d'un processus complexe qui intègre les chromosomes (XX/XY), les gonades (ovaire-testicule), le sexe hormonal et enfin le sexe phénotypique. D'ordinaire, il y concordance de l'ensemble mais le moindre incident dans cette chaîne d'événements in utero peut provoquer une discordance et faire, par exemple, que la structure génitale d'un enfant ne corresponde pas à son sexe génétique.

Lors de la conception, tous les embryons sont essentiellement féminins : c'est l'exposition aux hormones du testicule qui définit ensuite la spécialisation "mâle". La masculinité dépend donc de la testostérone embryonnaire. S'il y en a trop peu, les caractéristiques féminines vont perdurer et potentiellement expliquer, chez un homme, l'attirance sexuelle vers un sujet mâle.

Le 15e jour : Comment savoir si l'analogie entre le monde animal et l'humain est pertinente ?

J.B. : D'une part, je vous dirai que l'homme est un mammifère et que plusieurs mécanismes qui contrôlent le comportement animal s'observent aussi chez lui. Mais d'autres indices corroborent encore mon propos. Certaines femmes présentant une pathologie des glandes surrénales (productrices d'hormones) sont nées avec un sexe génital masculin. Opérées immédiatement, elles ont été élevées comme des petites filles, mais on constate, dans ce groupe particulier, une fréquence élevée d'homosexuelles. D'autres observations sont encore éclairantes : les émissions oto-acoustiques produites par les membranes de l'oreille sont nettement plus nombreuses chez les femmes que chez les hommes..., sauf chez les femmes homosexuelles. Or ces différences d'émissions oto-acoustiques sont chez l'animal clairement contrôlées par la testostérone embryonnaire...

Je suis donc convaincu que l'homosexualité a, au moins en partie, une origine hormonale mais je m'empresse d'ajouter que ce phénomène n'est pas homogène. L'origine peut être génétique, hormonale, voire résulter d'un choix personnel.

Le 15e jour : Quelle est votre ambition en publiant cet ouvrage ?

J.B. : D'abord corriger des erreurs largement répandues dans nos sociétés et déculpabiliser les homosexuels et leurs parents, trop souvent incriminés. Contrairement aux dires de Stéphane Clerget, pédo-psychiatre français, je suis persuadé que dans la grande majorité des cas, on n'est pas homosexuel par choix mais bien par nature, ce qui n'est pas la même chose. L'attirance sexuelle dépend de notre hypothalamus que nous ne contrôlons pas.

Mon deuxième objectif est de porter à la connaissance des francophones des théories qui sont déjà bien connues dans le monde anglo-saxon et qui font l'objet de multiples articles. Etrangement, ces publications ne sont pas reprises en français. Peut-être parce que les théories freudiennes sont toujours très vivaces dans l'Hexagone et plus certainement encore parce que les Français - convaincus des bienfaits de l'éducation - refusent d'admettre que nos comportements pourraient avoir une origine biologique. Marquée par les idéologies d'extrême gauche, l'Université française est encore convaincue que la société façonne l'homme. C'est presque devenu un dogme, mais ce n'est que partiellement la réalité.

Propos recueillis par Patricia Janssens

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