Avril 2011 /203
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4 questions à Eric Haubruge

HaubrugeEricDepuis le 1er janvier 2009, l’ancienne Faculté universitaire des sciences agronomiques de Gembloux (Fusagx) fait partie de l’ULg. Lors de la signature de la convention fixant les modalités de la fusion des deux institutions, en avril 2009, Le 15e jour du mois (n°183) titrait en “une” : Les mariés de l’an neuf. Deux ans plus tard, le vice-recteur de Gembloux Agro-bio Tech, Eric Haubruge, fait le point.

Le 15e jour du mois : Peut-on parler, à l’heure actuelle, d’une intégration pleine et entière ?

Eric Haubruge : C’est encore un peu tôt… mais la voie est durablement tracée. Une fusion entre deux institutions centenaires constitue toujours un défi et prend du temps. Pour ma part, il est clair à présent que je travaille à l’université de Liège ! Je ne voudrais pas faire machine arrière. L’ancienne Faculté gembloutoise a accru sa visibilité et sa crédibilité en s’adossant à l’ULg : nous avons à présent plus de poids dans les négociations, quelles qu’elles soient. L’ULg tire également profit de cette fusion. Grâce à sa nouvelle faculté de Sciences agronomiques et d’Ingénierie biologique et au centre universitaire de recherche agronomique, elle rayonne à l’étranger dans d’autres réseaux. Je pense d’ailleurs que l’ULg doit encore tirer un meilleur parti de sa diversité et mettre en valeur ses différentes implantations. A l’échelle européenne, elle doit s’affirmer comme un pool d’enseignants-chercheurs dans les différents bassins de vie de la Région wallonne qu’elle occupe maintenant, à l’instar de la Californie !

Pour terminer sur la question de l’intégration, je souhaiterais, c’est vrai, une implication plus marquée de la part des académiques et des chercheurs de Gembloux au sein de l’ULg. Mais je suis confiant : le contexte général est positif et je suis certain que les collaborations scientifiques et les contacts avec les facultés de Médecine vétérinaire, des Sciences et des Sciences appliquées notamment, s’intensifieront avec le temps.

Le 15e jour : Quels sont vos projets pour le site de Gembloux ?

E.H. : Le conseil d’administration du 16 février a approuvé le projet de construction de deux plateformes d’appui technologiques : le “Foodislife” et l’“Ecotron”. Si tout va bien, les deux bâtiments devraient être inaugurés en 2014 sur le campus de Gembloux.

Le premier projet concerne la valorisation optimale des agro-ressources. C’est évidemment un axe prioritaire pour les recherches en agriculture et un enjeu économique et sociétal majeur pour nos sociétés industrialisées. Cet enjeu se traduit par la nécessité de satisfaire les besoins alimentaires en quantité et en qualité tout en utilisant la biomasse à des fins non alimentaires, en remplacement du pétrole notamment. Mon ambition est d’associer cette nouvelle infrastructure à un ensemble de centres et de laboratoires de la Communauté française Wallonie-Bruxelles afin de constituer une plateforme agro-industrielle, laquelle rassemblerait – virtuellement – tous les chercheurs actifs dans ces matières qui vont de la transformation à la nutrition, en passant par la toxicologie et la qualité des aliments. La plateforme – qui interagirait notamment avec le pôle de compétitivité Wagralim du plan Marshall – offrirait un “guichet unique” aux entreprises, afin de faciliter les contacts entre celles-ci et les laboratoires universitaires.

Quant à l’Ecotron, il s’agit d’un modèle d’écosystème incluant le sol, les plantes, les animaux et les micro-organismes, conçu de manière à reproduire de façon simplifiée les conditions naturelles. Un peu à l’image du phytotron de l’unité de physiologie végétale en faculté de Sciences, mais en plus complet ! Grâce à cet équipement remarquable, financé sur fonds propres et avec l’appui du FNRS , les chercheurs pourront étudier l’influence du stress hydrique sur les écosystèmes agricoles, par exemple. En effet, le dispositif permet de contrôler simultanément divers paramètres physico-chimiques et biologiques au niveau du sol, de la plante, de l’air.

C’est important car nous devons impérativement mieux connaître notre agriculture qui devra faire face dans les prochaines années à des modifications climatiques. Comment, dans ce cas, protéger le blé et la betterave ? Quelle autres plantes cultivées peut-on accueillir dans nos régions ? Par ailleurs, nous devrons, dans un proche avenir, relever un défi immense : nourrir une population plus nombreuse sans engrais ni pesticides. L’Ecotron est un outil particulièrement utile dans ce type de recherches. Et si Londres et Montpellier possèdent déjà un tel équipement, le nôtre sera plus complet encore car il sera en liaison permanente avec une station de mesures installée dans les champs, à Lonzée. Les résultats et les modèles obtenus dans de l’Ecotron pourront être confrontés à la réalité du terrain.

Le 15e jour : Quels sont, à votre avis, les enjeux de l’agriculture 
du XXIe siècle ?

E.H. : L’agriculture doit investir la ville. Dans moins de 50 ans, 80% de la population mondiale vivra, selon les projections des spécialistes, dans des mégapoles, soit des villes de 10, 20, 30 millions d’habitants, s’étirant sur des centaines de kilomètres. Comment faire pour nourrir tous ces citadins ? Le défi est de taille.

Je suis persuadé que l’agriculture devra arriver sur les terrasses et sur les toits : il faudra que les plants poussent sur les balcons ! Aujourd’hui, nous avons une agriculture de surface; demain elle devra être de volume. Tout est à inventer : la production, le stockage, la distribution, la conservation. Je sais, c’est un peu de la “science-fiction”, mais les universitaires doivent imaginer le futur et le rendre possible. Or, très peu de centres de recherches se préoccupent de cette question. A Gembloux, nous sommes peut-être plus sensibilisés à cette problématique car nous avons de très nombreux contacts avec les pays du Sud, d’Afrique ou d’Asie, où nous voyons grandir les villes… et les problèmes afférents, tels que la sous-alimentation en particulier.

Le 15e jour : Pourquoi avoir proposé une chaire Francqui au Pr Hervé This ?

E.H. : Hervé This, chimiste à l’Institut national de la recherche agronomique, également consultant à AgroParis Tech, s’intéresse à la cuisine et notamment à la gastronomie moléculaire, une discipline scientifique qui étudie les mécanismes des phénomènes qui apparaissent lors des transformations culinaires. Son programme de leçons* est alléchant… et les liens entre l’agriculture et la gastronomie passionnants. Je pense que ce regard original, à bien des égards, a beaucoup à nous apprendre et sur nos recherches et sur l’agriculture en général.

Propos recueillis par Patricia Janssens
Photos : J.-L. Wertz

* Les 28 avril, 3 et 24 mai.

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