Septembre 2012 /216

Le virus de Schmallenberg fait des ravages

En automne 2011, des éleveurs et vétérinaires de l’est des Pays-Bas et de l’ouest de l’Allemagne découvrent les premiers signes cliniques d’une nouvelle épizootie. Leurs vaches, moutons et chèvres présentent de la fièvre, des diarrhées et une diminution de la production de lait. Restait à trouver et à comprendre la nature de cette épidémie pour pouvoir juger de la gravité de la situation et l’enrayer au plus vite.

 Un nouveau virus hybride

Car si les signes cliniques ne sont pas alarmants chez les ruminants adultes, ceux que présentent les foetus infectés sont nettement plus impressionnants. « Ce nouveau pathogène peut provoquer des avortements et de graves malformations, notamment au niveau du système nerveux chez les jeunes animaux », explique Mutien-Marie Garigliany, docteur en médecine vétérinaire et assistant-chercheur au Laboratoire de pathologie dirigé le Pr Daniel Desmecht.

Afin d’identifier le problème, des chercheurs de l’Institut Friedrich-Loeffler (FLI), le principal organisme fédéral allemand de recherche sur la santé animale, ont lancé une étude méta-génomique. Les chercheurs sont ainsi tombés sur un génome viral de type Orthobunyavirus. Leurs analyses ont montré que tous les prélèvements d’animaux qui présentaient les signes cliniques contenaient du matériel génétique en provenance de ce virus ! « Ce nouveau virus est composé de trois segments génomiques dont deux proviennent du virus Shamonda et un du virus Sathuperi, détaille le chercheur. La combinaison particulière des segments génomiques telle qu’on la retrouve chez le virus de Schmallenberg engendre une virulence qui n’est pas observée chez les virus “parents”.» Ce pathogène se transmet d’un animal à l’autre par l’intermédiaire des culicoïdes, des moucherons piqueurs.

Il s’attaque entre autres aux cellules nerveuses et induit leur destruction progressive. Selon le stade de développement auquel le foetus est infecté, les symptômes varient. Plus tôt le foetus est en contact avec le virus, plus il y a de risques d’avortement. Dans la plupart des cas cependant, les jeunes naissent à terme ou légèrement avant et présentent des anomalies, notamment de l’hydrocéphalie. Les chercheurs liégeois ont publié un article reprenant les faits cliniques, pathologiques, virologiques et épidémiologiques rendus publics durant les six premiers mois de l’émergence du virus de Schmallenberg dans la revue Antiviral Research*.

Pas de risques sanitaires pour l’homme

Il est difficile de chiffrer exactement le nombre d’exploitations touchées par cette nouvelle épidémie en Europe puisqu’elle continue d’évoluer, mais plus de 3500 élevages seraient atteints, ovins, caprins et bovins confondus. « Le vecteur a besoin d’endroits humides et relativement chauds, comme les étables, pour survivre. Mais les épisodes très froids de cet hiver ont empêché la circulation des culicoïdes au cours des derniers mois », indique Mutien-Marie Garigliany. Ainsi, le virus de Schmallenberg devrait bientôt être sous contrôle. 

Quant aux risques sanitaires pour l’homme, « le virus n’induit pas de signes cliniques chez l’homme qui, même après un contact étroit avec les bêtes malades, ne produit pas d’anticorps. Cela montre que le virus de Schmallenberg est incapable d’infecter l’homme, et aussi qu’il y a bien une “barrière des espèces” », précise le docteur en médecine vétérinaire. L’équipe du laboratoire de pathologie poursuit actuellement ses recherches sur la biologie du virus de Schmallenberg et tente notamment d’en savoir plus sur ce qui l’empêche de franchir cette barrière des espèces.

Audrey Binet

Article complet sur le site www.reflexions.ulg.ac.be (rubrique Vivant/médecinevétérinaire)

* Garigliany M-M., Bayrou C., Kleijnen D., Cassart D.,Jolly S., Linden A., Desmecht D., Schmallenberg virus: anew Shamonda/Sathuperi-like virus on the rise in Europe,Antiviral Research (2012), doi: http://dx.doi.org/10.1016/j.antiviral.2012.05.014

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