Février 2014 /231
Aedes albopictusLe moustique tigre gratte à nos portes
Le diagnostic du chercheur – qui réalise actuellement une thèse de doctorat dans le laboratoire d’entomologie fonctionnelle et évolutive – sera confirmé quelques semaines plus tard par des analyses génétiques : le spécimen capturé à Anvers est semblable à plus de 99 % à une souche qui a envahi les Etats-Unis dans les années 1990 et 2000. Et l’usine de Vrasene importe justement des pneus en provenance des Etats-Unis. « Il est très probable, estime Slimane Boukraa, que notre moustique a franchi l’Atlantique sous forme de larve, à bord d’un de ces gros navires de transport qui débarquent au port d’Anvers. »
Dans un communiqué publié début janvier, l’IMT ne cède pas à la panique : « Il n’y a aucune raison de s’inquiéter au sujet de la santé publique actuellement. Les risques que les moustiques tigres importés soient porteurs de virus comme la dengue ou le Chikungunya sont très faibles. Ces virus entrent le plus souvent dans les pays via un voyageur qui, à son tour, peut être à l’origine d’une infection autochtone. » Le moustique, en effet, n’est qu’un vecteur de ces virus. Dans la plupart des cas de maladies vectorielles, ce sont les êtres humains, ou d’autres animaux comme les oiseaux ou les rongeurs, qui sont les véritables hôtes (on dit “réservoir” lorsque l’animal est infecté sans être malade) du virus. Pour qu’une maladie se répande sur un territoire, il faut une conjonction de facteurs qui ne sont sans doute pas tous réunis chez nous actuellement : des personnes infectées par un arbovirus (transmissible par les arthropodes), des insectes vecteurs et un environnement propice (humidité et chaleur notamment). « De plus, insiste l’IMT, jusqu’à présent, tout indique que ce moustique exotique ne peut pas survivre à l’état adulte dans nos régions pendant l’hiver. Nos chercheurs continueront leur surveillance dans l’entreprise pour voir si les oeufs peuvent hiverner ou non. » C’est à plus long terme que le moustique tigre pourrait poser un problème de santé publique, car les échanges internationaux et le réchauffement climatique risquent de favoriser l’implantation de cette espèce invasive sous nos latitudes. Depuis 30 ans, la progression mondiale d’Aedes albopictus est fulgurante. Avant 1970, selon l’OMS, neuf pays seulement avaient connu une épidémie de dengue. Ils sont plus de 100 actuellement ! 40% de la population mondiale seraient désormais exposés au risque. Et l’Europe n’est plus à l’abri d’une flambée de dengue. Les premiers cas de transmission “autochtone” de dengue ont été enregistrés en France en 2010. Une première flambée du Chikungunya a frappé le nord-est de l’Italie en 2007. * Voir le site http://dx.doi.org/10.1051/parasite/2013054
Clément Violet
Photos © Slimane Boukraa
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