Janvier 2016 /250

Trouble de la parole

Quand le bégaiement chez l’enfant devient inquiétant

On n’imagine pas le nombre de structures corticales et sous-corticales qui s’activent dans le cerveau lorsqu’il s’agit de prononcer un mot. À force de parler (à bon escient ou pour ne rien dire !), on en oublierait presque à quel point cet acte devenu naturel est en réalité un défi sur le plan physique. Pas étonnant que l’acquisition du langage prenne plusieurs années chez l’enfant. Pas étonnant non plus que, chez certains, l’apprentissage patine. Entre 2 et 4 ans, 5 à 8% des enfants présentent un bégaiement transitoire. « À cet âge, on acquiert beaucoup de nouvelles facultés langagières, de nouvelles idées, de nouveaux outils pour les exprimer. Il est donc possible que cette disfluence résulte du fait de vouloir en dire beaucoup plus que ce que le système moteur de la parole est capable de gérer », souligne Anne-Lise Leclercq, assistante et chargée de cours adjointe au sein de l’unité de logopédie clinique de l’ULg.

LeclercqAnneLiseAFFECTION SOUVENT BÉNIGNE

Heureusement, pour trois-quarts de ces enfants, les difficultés langagières s’éclipseront simplement avec le temps. Malheureusement, le fait que le bégaiement disparaisse naturellement chez certains n’aide pas le quart restant qui, lui, continuera d’en souffrir. « Il y a une idée reçue selon laquelle il faut attendre cinq ans avant de véritablement s’inquiéter, puisque 75% des enfants récupèrent seuls », pointe la chercheuse. Grossière erreur : les recherches montrent que plus le trouble est pris en charge tôt, plus les risques de persistance sont réduits. C’est ce message qu’Anne-Lise Leclercq fera passer lors d’une conférence organisée le 21 janvier prochain à l’initiative de la Clinique psychologique et logopédique universitaire (CPLU). « On ne peut pas être sûr à 100% qu’une prise en charge rapide permettra de faire disparaître le bégaiement, précise-t-elle. Par contre, cela augure a minima une belle amélioration de la sévérité du trouble. L’intensité est réduite, tout comme l’anxiété liée à la prise de parole et les tics faciaux. »

Comment être sûr que la disfluence est persistante et non passagère ? Selon la chercheuse, les parents doivent tout d’abord être attentifs à la durée : si l’enfant a des difficultés depuis plus de six mois sans interruption, il y a lieu de s’inquiéter. Il est par ailleurs utile d’analyser le type de bégaiement : s’agit-il d’allongements, de blocages ou de répétitions de sons, jugées plus problématiques ? Le nombre de répétitions est aussi un signe de sévérité. « On remarque aussi des tensions au niveau du visage, ainsi que le développement de sentiments négatifs liés à la prise de parole. La co-occurrence d’autres difficultés langagières peut également jouer, tout comme l’historique familial. » Enfin, avoir un entourage très anxieux n’arrange rien.

BONNES PRATIQUES

D’ailleurs, lors des prises en charge, un travail est mené avec les parents afin qu’ils adoptent de bonnes attitudes. Idem avec les interlocuteurs scolaires. « Les phrases comme “respire, calme-toi, recommence… ” sont à proscrire, observe Anne-Lise Leclercq. Il faut plutôt renforcer la parole fluide, insister sur ce qui fonctionne bien. Par exemple, en mettant en place des situations où l’enfant doit moins planifier sa pensée, tandis que ses parents vont l’encourager et donner du feedback sur ce qui a été fait. »

Les raisons du bégaiement persistant ne sont pas claires. Un peu moins de 1% des adultes seraient concernés. « Il faut en tout cas bannir l’idée selon laquelle le bégaiement est psychologique. Il y a clairement une base cérébrale », affirme la chercheuse. Mais les études en la matière sont encore peu nombreuses, le bégaiement ayant été jusqu’à présent le parent pauvre de la logopédie. Une chose semble toutefois certaine : ignorer le problème lorsqu’il persiste ne fait que l’aggraver.

Mon enfant bégaie : que faire ?

Conférence d’Anne-Lise Leclercq, le jeudi 21 janvier à 18h30, à l’amphithéâtre Portalis, faculté de Psychologie, Logopédie et Sciences de l’éducation (bât. B31), campus du Sart-Tilman, quartier Agora, 4000 Liège.

Contacts : CPLU, tél. 04.366.92.96, courriel al.leclercq@ulg.ac.be, site www.cplu.ulg.ac.be



Mélanie Geelkens
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