Novembre 2009 /188
Penser librement sous la censureColloque, exposition et concert20 ans après la chute du mur de Berlin et près d’un an après le colloque liégeois autour de la “lecture entre les lignes” popularisée par Leo Strauss, le projet “Censures et subversions” s’interroge sur les conditions de la liberté de pensée et les formes de subversion des artistes et des intellectuels. Un colloque, une exposition et un concert sont organisés sur ce thème par l’ULg et l’UMons en décembre prochain. De Lyssenko à Chostakovitch Les deux jeunes femmes ont coudoyé, dans leurs travaux, d’autres incontournables perturbateurs de l’ordre moral tels que Hobbes et Gassendi. Elles proposent à présent, dans un colloque international largement interdisciplinaire et ouvert à un plus grand public, un panorama attrayant de démarches subversives peu étudiées à travers les siècles.
« Après avoir étudié la pensée de Leo Strauss, nous avons voulu élargir la problématique non seulement à d’autres périodes de l’histoire de la philosophie, mais aussi aux domaines des sciences, de l’art et des médias, qui sont des lieux de “vérités” tributaires de régimes politiques », pose Anne Herla. La génétique, par exemple : Pierre Gillis (UMons) abordera ainsi l’irrésistible ascension du botaniste soviétique Trofim Lyssenko, fervent stalinien qui refusa la théorie génétique parce qu’elle lui semblait bourgeoise. On ira également écouter l’exposé d’Emmanuel Faye, à l’origine d’un émoi international après avoir mis à jour, à partir des leçons de Martin Heidegger, les affinités du philosophe avec le national-socialisme. « Son livre fut censuré en France », note Anne Staquet. Et d’embrayer :« L’art est lui-aussi un moyen de subversion. Pas nécessairement dans les avant-gardes qui, elles, sont scrutées. Mais je pense par exemple à ce réalisateur iranien, Abbas Kiarostami, qui distille des messages politiques dans ses films pour enfants. » Le colloque sera d’ailleurs doublé d’une exposition qui se tiendra jusqu’au 20 décembre. Une salle sera dédiée au mur de Berlin, depuis Yalta jusqu’à la réunification. Dans deux autres salles thématiques, une kyrielle d’affiches politiques en provenance d’Europe continentale et d’Europe de l’Est feront la part belle à la liberté d’expression ainsi qu’à la subversion et l’équivoque. « Nous montrerons, didactiquement, les ficelles qui permettent de jouer de l’équivoque, de faire passer des messages différenciés à des publics divers », annonce Anne Staquet. Le 12 décembre, le cycle de conférences s’achèvera sur quelques notes de Chostakovitch, un temps compositeur officiel du régime communiste, avant que sa musique ne soit jugée inappropriée aux idéaux soviétiques. Le concert sera d’ailleurs précédé d’un exposé de Bernard Focroulle sur les “déboires du compositeur”. Aujourd’hui Patrick Camal
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