Février 2010 /191
Césarienne sur commandeUne pratique étonnante au Brésil
Recherche anthropologique « J'avais l'intuition qu'un endoctrinement de la part du corps médical expliquait cette propension massive à l'accouchement par césarienne, relate-t-elle. Non seulement il y a pénurie de sages-femmes au Brésil, mais les gynécologues y sont mieux formés à une pratique chirurgicale qu'à l'accompagnement d'un accouchement par voie basse. La césarienne est plus rapide, plus facilement contrôlable, coûte cher et donc offre une meilleure rémunération tout en protégeant le gynécologue d'un point de vue médico-légal. » Ce type d'accouchement se révélerait aussi être un moyen tacite de contrôler la reproduction : il est médicalement déconseillé d'avoir plus de trois césariennes, ce qui limite le nombre d'enfants par femme. De plus, « la ligature des trompes est encouragée et remboursée quand elle est pratiquée juste après une césarienne. » Mais, à son grand étonnement, la jeune socio-anthropologue découvre que, pour la plupart des césariennes, ce sont les parturientes en milieu urbain et rural, indigènes ou non, de manière consciente et volontaire, qui choisissent l'opération. Auparavant prisée par les personnes très aisées, cette pratique toucherait à présent une grand part de la classe moyenne majoritaire au Brésil. « Par ailleurs, j'ai pu me rendre compte que les Brésiliennes qui effectuent cette demande de césarienne appréhendent l'idée de mener leur grossesse à terme, car cela implique une déformation du corps plus ou moins prononcée ; elles souhaitent de la sorte éviter les vergetures de fin de grossesse ainsi que le passage du bébé par le bas. La peur de la douleur est aussi déterminante dans leur choix, la péridurale étant très peu pratiquée sur place. » Culte du corps « Sans doute les deux explications se conjuguent-elles, conclut la chercheuse. La pression des services d'obstétrique renforce la conception de l'accouchement intégrée par la population. » Dans un tel contexte, des organisations de la société civile se mobilisent pour une humanisation de l'accouchement et une sensibilisation à ce problème de santé publique. Bérénice Vignol
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