En janvier 2005 naissait la nouvelle HEC-Ecole de gestion de l’ULg. Deux établissements jadis concurrents – les Hautes Etudes Commerciales et les départements d’économie et de gestion de l’université de Liège – se rapprochaient ainsi pour un “futur singulier”, selon la formule employée par Le 15e jour du mois de l’époque. La mise en place du processus de Bologne n’était pas étrangère à cette restructuration de l’offre des études en région liégeoise. « Le défi sera de figurer au palmarès des grandes Ecoles de gestion européennes pour que nos étudiants soient acceptés dans des institutions de prestige et, par ailleurs, afin que les jeunes de l’Euregio mais aussi de Porto, Paris ou Milan viennent parfaire leur formation chez nous », déclarait alors Yves Crama, aujourd’hui professeur en charge de la recherche opérationnelle et de la gestion de la production. Cette ambition est plus que jamais d’actualité en 2010.
Simplifier et différencier
A cette fin notamment, HEC-ULg a entrepris une vaste réforme de ses programmes de cours, laquelle prendra effet, tant pour les étudiants de 1re année de bachelier en sciences économiques et de gestion et en ingénieur de gestion que pour ceux de 1er master, dès la prochaine rentrée, autrement dit en septembre 2010. Elle répond à plusieurs objectifs et comporte une série de points forts. Elle met l’accent aussi sur une pédagogie plus active, tout en veillant à mettre en place des outils au service de l’apprentissage et de l’expérience.
« Un des objectifs essentiels, souligne M. Crama, est de mieux différencier les spécialités proposées, et ce dans l’intérêt des étudiants et des marchés qui recrutent les diplômés. Un autre, d’importance aussi, est de simplifier la structure des filières, car jusqu’ici les programmes n’étaient pas très lisibles pour quelqu’un de l’extérieur. D’où la nécessité de les refondre en profondeur. » Il paraissait urgent, en effet, de mettre ceux-ci en adéquation avec les pôles d’excellence de l’Ecole. Philosophie qui répond à un constat : on n’est pas nécessairement fort en tout. En langage plus familier, cela donne : “Qui trop embrasse mal étreint”.
Le changement se décline, concrètement parlant, en quelques lignes de forces principales. Le remaniement de l’architecture des cours d’abord : moins d’intitulés mais des cours plus denses de cinq crédits minimum. Le renforcement de l’enseignement des langues étrangères ensuite, lié au souci d’internationalisation de la filière : anglais dès la première année et, à partir de la 2e, une autre langue au choix (néerlandais, allemand, espagnol, italien); au niveau des masters, enseignement généralisé en anglais. La mise en place d’un portfolio de compétences enfin, offrant aux étudiants une grande variété d’ateliers transdisciplinaires : construction d’un projet professionnel, développement des soft skills (capacité de communication, de négociation, de leadership), etc.
Il est notoire que les employeurs sont demandeurs de ce type d’aptitudes relationnelles. « La Belgique étant un pays-carrefour, l’ouverture aux autres y est indispensable, en plus d’un bilinguisme français-néerlandais qui devrait être acquis très tôt dans la vie. Au même titre qu’un certain savoir-être en société, puisque les aspects culturels sont transcendants dans les relations commerciales », observe Yves Crama. D’où la mise en place d’une pédagogie orientée “projets”, principalement au niveau des masters, qui amène par exemple les étudiants à présenter à leurs condisciples les résultats de leurs recherches, initiatives ou stages.
Pépinière d’entrepreneurs
Ces méthodes au service d’un écolage plus pratique que par le passé devraient favoriser la réussite à long terme des diplômés, tout en permettant de créer une réelle identité à HEC-ULg à travers ses filières spécialisées dans les différents aspects de la finance (finance de marchés, gestion bancaire, contrôle de gestion, audit), en logistique, en management humain et des organisations, en analyse économique et gouvernance publique, en intrapreneuriat, entrepreneuriat et entrepreneuriat social, en intelligence stratégique et marketing. Et, ajoute le Pr Crama, « le remaniement profond devrait aussi stimuler la création d’entreprises, car nos étudiants se voient trop souvent et uniquement comme futurs cadres. Or, créer son propre emploi peut être une belle aventure. » Ce serait tout bénéfice pour une économie qui, de nos jours, en a bien besoin...
Henri Deleersnijder