Novembre 2010 /198
Ecouter les malentendantsLa langue des signes entre dans le cursus universitaire
“Une volonté des étudiants D’ailleurs, la demande vient des étudiants. Une finalité spécialisée en surdité précédait cette initiative. « Ceux qui choisissent cette filière doivent pouvoir communiquer avec leurs futurs patients, observe Brigitte Lejeune, chargée de cours adjointe au département des sciences cognitives. Ils apprenaient déjà la langue en cours du soir. Et quand nous avons cherché une seconde langue à enseigner en master, c’est très naturellement qu’ils nous ont fait part de leur choix. » Relayée auprès de Jean-Marc Defays, directeur de l’Institut supérieur des langues vivantes, la demande a été favorablement reçue. Très naturellement ensuite, les regards se sont tournés vers Thierry Haesenne, linguiste diplômé de l’ULg, enseignant en langue des signes francophones et lui-même sourd.
Changement de ton en 1880 : le congrès de Milan, composé de 250 spécialistes de l’enseignement pour les sourds, décide de proscrire la langue des signes afin de promouvoir exclusivement la langue orale. Des surveillants des internats et des institutions pour sourds en tolèrent cependant l’usage, ce qui explique sa survivance. C’est sur d’autres terrains, comme le sport et les cours de récréation, que la langue des signes s’épanouit. A l’instar de nombreux pays, les autorités politiques réhabilitent à présent la langue des signes. En Communauté française de Belgique, elle est reconnue comme langue officielle depuis 2003. “La langue des signes est loin d’être universelle” L’entrée de la langue des signes à l’Université témoigne d’une sensibilisation croissante de la population à la condition de la surdité qui demeure imprégnée de multiples ambiguïtés. Sait-on par exemple que certains sourds peuvent parler et tenir des conversations sans trop de problèmes ? De même, sait-on que les interprètes que l’on voit au journal télévisé traduisent en langue des signes – qui a sa propre grammaire et sa propre syntaxe – mais que d’autres privilégient le “français signé”, c’est-à-dire qu’ils accompagnent les paroles de signes ? Sait-on enfin que la langue diffère d’une région à l’autre et qu’elle est donc loin d’être une langue universelle ? « Ce qui est normal. Les sourds ont élaboré cette langue dans chacune des régions du globe, sans pour autant tous se mettre autour de la table. C’est exactement la même chose pour les autres langues. Par ailleurs, l’aspect arbitraire du signe, au sens linguistique, s’applique également aux signes des langues des signes », développe Brigitte Lejeune. Ce travail d’information au sein de la société constitue le cheval de bataille de plusieurs asbl, comme Surdimobil*, laquelle propose toute une série d’activités ludiques pour appréhender la surdité et œuvre inlassablement pour la reconnaissance de ce handicap. A l’hôpital, c’est chose faite. Depuis quelques années, un dépistage précoce est systématiquement pratiqué chez le nouveau-né. Par ailleurs, l’invention des implants cochléaires – qui transmettent les informations auditives, après transformation, en impulsions électriques au cerveau – améliore indéniablement l’audition des sourds « Ce n’est pas pour autant qu’il faut abandonner la langue des signes, explique Alain Klinkenberg, lui-même enfant de parents sourds, membre cofondateur de l’asbl Surdimobil et directeur de l’asbl Ateliers du Monceau (voir encadré ci-dessous). S’il s’agit d’une révolution extraordinaire, ces implants ne sont indiqués que dans certains cas de déficiences auditives sévères ou profondes. De toute façon, une prothèse auditive conventionnelle ou cochléaire ne restitue jamais une audition normale. A mon sens, il faut donc continuer à privilégier le bilinguisme sans se reposer uniquement sur les avancées médicales et technologiques. » Si le diagnostic de surdité est posé, le médecin oto-rhino-laryngologiste (ORL) oriente l’enfant vers le centre de référence pour la province de Liège, le centre médical d’audiophonologie de Montegnée. Une prise en charge multidisciplinaire, à long terme, est alors mise en place. Particulièrement efficace, elle a déjà conduit plusieurs sourds jusqu’à l’obtention d’un diplôme dans des Hautes Ecoles et à l’ULg. “Les étudiants sourds Les pouvoirs publics ne sont pas insensibles à la situation des personnes sourdes. Si certains problèmes demeurent, on note cependant quelques avancées. Parmi elles, le partenariat entre l’ULg et l’Agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapées (Awiph) accorde un subside à l’étudiant sous forme d’aide pédagogique, d’aide à la prise de notes, d’interprétation signée de certains cours. « Tous ne désirent pas utiliser d’interprètes au cours, remarque Brigitte Lejeune. Certains utilisent leur audition résiduelle amplifiée, la lecture labiale et les supports écrits. D’autres sont demandeurs de l’interprétation signée afin de suivre les cours “en temps réel”. Dans ce cas, grâce aux signes, l’accès au sens du message, complété par la lecture labiale, est immédiat et moins fatigant. » La reconnaissance de la communauté des sourds avance donc lentement mais sûrement. En intégrant la langue des signes dans le monde académique, l’université de Liège amorce – qui sait ? – un mouvement positif, prélude à une série de passerelles vers une meilleure compréhension de la surdité.
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