Janvier 2011 /200
Retour en grâce
La Philo-Lettres franchit le cap des mille et une inscriptions
Que deviendront les 1019 étudiants inscrits en 1er bachelier de Philo-Lettres lors de cette rentrée 2010-2011 ? Formeront-ils la même variété de profils professionnels que les 379 étudiants (près de trois fois moins !) inscrits dans la même Faculté en 1986 à laquelle s’intéressait le premier P’tit Lu ? La vie seule y répondra. Ce qui n’empêche pas de se demander si les 1019 Philo-Lettres d’aujourd’hui sont vraiment dans la même Faculté que leurs prédécesseurs.
En 1986, le doyen Louis Gillet relevait que le « tassement » (-22,9% !) des inscriptions dans sa Faculté était lié aux mesures d’économie décidées lors des conclaves dits de Val Duchesse qui « ont fait que les carrières qui mènent à l’enseignement ont chassé l’étudiant ». Traduction 24 ans plus tard, l’enseignement saturé a fait place à un secteur partiellement en pénurie. A l’époque, Louis Gillet se demandait aussi vers quelles autres Facultés avaient fui les étudiants qui avaient renoncé à l’enseignement.
Tendance générale
« C’est la première fois que la Faculté enregistre plus de 1000 inscriptions (+5%) », relève Jean Winand, le doyen de Philosophie et Lettres version 2010. Qui rappelle d’abord que le dépassement de la barre symbolique s’inscrit dans une tendance générale d’augmentation des inscriptions universitaires, en Médecine en particulier (+ 40 % à l’ULg) suite au moratoire sur le numerus clausus. Et au rapprochement des institutions dans l’enseignement de l’architecture, après celui avec Gembloux.
« Au sein de la Faculté, on remarque le succès de l’orientation “traduction et interprétation” ouverte en partenariat avec la Haute Ecole de Liège. Une véritable réussite et non pas le fruit d’un transfert interne puisque l’orientation germanique augmente elle aussi. » Le retour en grâce des Philo-Lettres chez les jeunes étudiants traduit-il la fin du désamour envers l’enseignement ? « Tous ceux qui suivent une filière qui mène à l’enseignement ont un travail, constate le Doyen. Même si, globalement, l’enseignement n’y constitue plus qu’une part de moins en moins importante des débouchés. Toutes filières confondues, – 60% de nos étudiants – vont faire autre chose que ce à quoi leur filière les conduisait naturellement. Or s’ils sont employés, c’est bien parce que le monde du travail leur reconnaît des qualités. Tenez, j’ai récemment rencontré un de mes étudiants en égyptologie qui est aujourd’hui lobbyiste à la Commission européenne. Notre Faculté prépare bien et à beaucoup de choses. Un étudiant en Philo-Lettres a appris à réfléchir sur des documents qu’il n’a pas fabriqués lui-même : écrits, sons, images, cinéma, musique… Sa réflexion se fait avec un esprit critique, sans rien prendre pour argent comptant, en étant capable d’aller chercher de la documentation supplémentaire, de produire un document de synthèse lisible sur le sujet. »
Adaptations
En un quart de siècle, le profil des étudiants ne constitue pas le seul changement tangible de la Faculté. La recherche aussi a évolué. « On est dans l’ère de l’évaluation, dans l’alignement des recherches sur celles menées par les Facultés de sciences exactes poursuit le Doyen. Le système de publication, qui autrefois privilégiait les monographies, se tourne aussi de plus en plus vers les publications dans les revues (même si le système de hiérarchisation de celles-ci n’est pas encore achevé ou si manque encore la prise en compte des facteurs d’impact), dans un système où, là aussi, l’emploi du français régresse, même chez nous, au profit de l’anglais. »
Et fatalement, l’enseignement a dû s’adapter. Avec un encadrement en évolution (« on nous a dégraissés ») face à des options très variables (225 inscrits en information et communication, 35 en philosophie, 20 en classique, 5 en langues orientales…). Une réalité tellement variée qu’elle invite à des réflexions sur d’autres rapprochements inter-académiques. Comme dans d’autres Facultés, les partenaires cherchent des évolutions “win win”. Quant à savoir s’il vaut mieux spécialiser certains aspects de la maîtrise, répartir le programme du bachelier à travers les institutions ou faire bouger les enseignants… rendez-vous au numéro 500 pour la suite de l’histoire.
Eric Renette
journaliste au Soir
rédacteur en chef de Liège Université (1990)