Avril 2011 /203
Rapports communautaires, une question linguistique aussiEt si les difficultés grandissantes que connaissent aujourd’hui les relations communautaires en Belgique étaient aussi dues à une déplorable autant que durable incompréhension linguistique ? Les mots sont certes mieux compris qu’autrefois de part et d’autre de la frontière séparant Flamands et francophones du pays, mais reçoivent-ils nécessairement un sens identique chez les premiers et les seconds ? Or, il est difficile, voire impossible, de prendre efficacement langue avec quelqu’un si l’on ne s’entend pas un minimum sur la signification des termes et expressions utilisés, sur le code en définitive. “Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde”, disait déjà en son temps Albert Camus. ColloqueC’est à cette problématique d’une brûlante actualité que s’attellera, le vendredi 6 mai prochain, un colloque préparé par Min Reuchamps, chercheur post-doctoral au FNRS et chargé de cours adjoint à l’ULg, et Julien Perrez, enseignant aux Facultés universitaires Saint-Louis et à l’ULg et porteur d’un doctorat en linguistique, colloque intitulé “Derrière les mots... Approches politiques et linguistiques des relations communautaires en Belgique”. Ces chercheurs sont partis d’un constat : entre les deux grandes communautés belges et en leur sein même s’entrechoquent une multitude de représentations, lesquelles sont véhiculées – mais aussi façonnées et contestées – par les discours en vogue, qu’ils soient politiques, médiatiques ou simplement citoyens. D’où l’objectif du projet, rappelé de concert par chacun d’eux : « Il s’agit d’explorer ce qui se cache derrière les mots employés par l’une et l’autre communauté et d’en dégager les systèmes de pensée qui y sont lovés. Ceux-ci sont rarement exprimés de façon explicite mais, une fois mis en lumière, ils permettent de mieux appréhender ces tensions lancinantes qui conditionnent l’avenir de la Belgique. » Avec une telle perspective d’analyse, il n’est pas étonnant que linguistes et politologues aient été invités à décrypter en commun ces métaphores et autres images révélatrices de prises de position ou attitudes politiques. « Alors que le politologue a tendance à se focaliser sur ce qui est dit, en insistant notamment sur la fréquence des clichés qui enferment littéralement les individus de l’autre communauté, fait remarquer Julien Perrez, le linguiste, lui, s’intéresse aussi bien à la formulation elle-même qu’au message véhiculé par la personne qui l’utilise. » C’est dire combien une démarche de ce type est interdisciplinaire et a la faculté d’éclairer d’un regard nouveau les problèmes où s’enlisent les interminables pourparlers actuels entre partis politiques du pays. Dissiper les incompréhensionsLe panel des intervenants du colloque se ressent de cette volonté de créer les conditions susceptibles de dissiper des ambiguïtés et incompréhensions mutuelles aux effets délétères. La session du matin sera centrée, bien évidemment, sur les relations communautaires en Belgique ; celle de l’après-midi visera plutôt à offrir des regards croisés, avec des exposés concernant le Royaume-Uni, la Suisse et le Canada. Le colloque se terminera enfin par une discussion générale. Derrière les mots...Approches politiques et linguistiques des relations communautaires en Belgique
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