Décembre 2011 /209
Concours CinemaThe Invader Rares sont les films qui, pour raconter une histoire classique, arrivent à surprendre le spectateur par une forme et un choix esthétique singuliers, susceptibles de troubler le rapport habituel entretenu avec la fiction et la narration. C’est le cas de The Invader (L’Envahisseur), premier long métrage du cinéaste Nicolas Provost, connu notamment pour ses films expérimentaux. Comment passe-t-on du cinéma expérimental au circuit traditionnel de distribution ? Comment témoigner, en grand format, du même souci d’interroger l’image et le cinéma sur leur processus de fictionnalisation ? Il y a quelques années, Nicolas Provost réalisait le film expérimental Plot Point dans lequel il parvenait à produire des sensations fictionnelles à partir d’un certain nombre de plans “documentaires”, au sens de documents capturés dans la rue – certes dans un lieu choisi – mais loin de tout dispositif particulier de tournage ou de mise en scène. Agencés à une musique angoissante, ces plans provoquaient un suspense d’autant plus perturbant que le spectateur n’a aucune idée de ce qui l’attend ait– ou de ce qu’il attendait –, qui s’avèrait en définitive être “rien”, c’est-à-dire un point où la fiction atteint ses limites parce qu’elle n’aboutit qu’à son propre engrenage. C’est précisément ce type d’engrenage qui fait fonctionner The Invader, qui raconte au final une histoire linéaire relativement concise : celle d’un homme africain qui échoue sur une plage, est accueilli par L’Origine du monde, puis exploité jusqu’au moment où il rencontre une femme européenne d’une autre classe. Il s’éprend d’elle et la suit. Point. L’intérêt du film est dans ce que Nicolas Provost fait de cette trame narrative : loin du drame social (même s’il y touche parfois légèrement), le cinéaste propose un film de héros (ou d’anti-héros), écrit spécialement pour cet acteur (Issaka Sawadogo) et presque construit “sur ses épaules”. Un film à la première personne, qui assume au départ sa dimension “film de mafia” ou “cinématique de jeu vidéo”, et qui pourtant parvient à déjouer les codes de la fiction et à proposer une réflexion sur le parcours humain, et plus particulièrement celui qui démarre ailleurs. Provost tente en fin de compte de déployer un récit qui, parce qu’il mène à bout les paramètres et les codes du cinéma de genre, parvient paradoxalement à le dépouiller de ses charges dramatiques, ou du moins à les déplacer et à provoquer de nouvelles sensations (parfois humoristiques) qui s’approchent des frontières de la fiction – c’est-à-dire de “ce qui est feint” – pour proposer un questionnement réflexif sur le cinéma et sa capacité à raconter des histoires. Abdelhamid Mahfoud Si vous voulez remporter une des dix places (une par personne) mises en jeu par Le 15e jour du mois et l’asbl Les Grignoux, il vous suffit de téléphoner au 04.366.48.28, le mercredi 21 décembre, de 10 à 10h30, et de répondre à la question suivante : comment est intitulé le premier court métrage de Nicolas Provost ?
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