Décembre 2011 /209
Une exposition autour des miniatures médiévales
Comme son intitulé l’indique, l’intérêt de cette exposition est double car, pour alimenter leurs réflexions sur ces femmes du passé, les organisatrices mettent en lumière des ouvrages, aussi précieux que méconnus, conservés dans la bibliothèque de l’ULg. Parmi ceux-ci, un grand nombre de livres d’heures. « Ce sont des livres de prière, principalement diffusés au XVe siècle et destinés à la dévotion privée de laïcs fortunés, définit Marie-Elisabeth Henneau, directrice scientifique du service des archives de l’ULg et une des organisatrices de l’événement. Les enluminures qui les ornent constituent une source importante de documentation sur la vie et les modes de représentation des femmes à la fin du Moyen Age. Car, bien que leur usage soit religieux, on y retrouve des thèmes profanes. La femme, qui la plupart du temps prend les traits de la Sainte Vierge, est représentée dans son intérieur. Cette mise en scène dans son univers intime nous informe notamment sur les coiffures, la gestuelle, les habitudes vestimentaires de l’époque, mais nous permet également de découvrir, de manière privilégiée, des situations insoupçonnables. On la voit, par exemple, jouer du luth, lire, converser face à face avec un homme; on la retrouve aussi à la chasse, montant un cheval en amazone. » On pense souvent, à tort, qu’à l’époque la femme ne sait pas lire. « Or, ajoute la chercheure, bien des images la montrent un livre à la main, suggérant ainsi qu’elle peut avoir accès au savoir et même au pouvoir puisque, dans certaines scènes, les rapports des sexes sont inversés. On voit, par exemple, Joseph qui cuisine et la Vierge qui lit, ou Joseph qui lave le linge du petit Jésus : ce sont des scènes que finalement nous n’imaginerions pas. Bien sûr, il y a sans doute une part d’idéalisation dans cette iconographie, laquelle n’est pas non plus représentative de toutes les classes sociales et, bien que les “enlumineresses” existent, le regard porté sur les femmes est vraisemblablement le plus souvent le fait des hommes. Ces représentations n’en restent pas moins intéressantes à analyser. » Grâce à une quarantaine de panneaux richement illustrés, l’exposition se veut ludique et interactive. Son inauguration, le lundi 19 décembre prochain, sera d’ailleurs prétexte à conférence. Le Pr Juliette Dor, Marie-Elisabeth Henneau, Cécile Oger et Liz L’Estrange, historienne de l’art, professeur à l’université de Birmingham, viendront introduire le sujet. Pour l’occasion, outre les nombreuses projections, quelques manuscrits seront exposés. Martha Regueiro
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