Septembre 2012 /216
Le point lors du colloque Prospero
« Le théâtre, dans son principe même, implique la présence physique d’un public, explique Nancy Delhalle, spécialiste d’histoire et d’analyse du théâtre à l’ULg et chercheuse Prospero. Mais bien qu’un artiste de théâtre ne puisse faire fi du public devant lequel il oeuvre, il n’en reste pas moins sensible aux conditions sociales, politiques et économiques dans lesquelles il déploie son art. » Et dans un premier temps, ces conditions sont idéales. Fin des années 1960 en effet, le soutien des pouvoirs publics permet aux artistes de théâtre, libérés des contraintes imposées par l’obligation d’un succès commercial immédiat, de conduire un travail plus pointu, plus expérimental. Cette nouvelle forme de politique culturelle renforce également les fonctions sociales et éducatives du théâtre, rendant artistes et spectateurs plus conscients et plus exigeants en la matière. Bien que les avancées en la matière soient considérables, les crises financières et économiques successives vont inverser la tendance; et l’influence – voire l’emprise – des idéologies néolibérales sur les autorités subsidiantes va faire vaciller le contrat social sur lequel s’était construite l’idée d’un théâtre au service du public. « Les pouvoirs publics cherchent aujourd’hui à faire des économies et à rentabiliser leurs investissements, poursuit Nancy Delhalle. Le théâtre, en raison de la croissance structurelle de ses coûts et de sa non-reproductibilité technique, ne peut engendrer de gains. Dès lors, la seule façon dont on peut, dans la perspective de l’orthodoxie libérale, mesurer sa ‘‘rentabilité’’ est la fréquentation. De plus en plus, le public va constituer un enjeu. On imagine donc quelles peuvent être les implications idéologiques et les dérives potentielles d’un tel mécanisme mais également, dans ce contexte, les défis que soulève la création théâtrale en régime d’autonomie. » Idéale quand cette création est garantie par la subvention publique, mais tellement plus complexe quand elle ne l’est pas. « Aujourd’hui, ajoute encore Nancy Delhalle, les structures théâtrales s’efforcent de répondre à cette évolution et ses nouveau enjeux. » D’où l’intérêt, peut-être même l’urgence de s’interroger sur de nouvelles manières de prendre en compte le public dans le processus créatif, via notamment la création partagée. « Si le public redevient un garant de la chose théâtrale, cela changerait quelque peu la donne, vous ne croyez pas ?, interpelle Nancy Delhalle. Nous nous trouvons aujourd’hui devant un paysage beaucoup plus complexe et diversifié. Pour le comprendre et analyser les modifications, plusieurs approches doivent être mobilisées. Ce colloque se propose de les croiser à travers les réflexions de conférenciers de tous horizons et de différents pays afin d’aboutir à une façon de poser les problématiques qui soient le plus possible européennes, cadre dans lequel nous sommes toujours davantage appelés à travailler. » Martha Regueiro
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