Chloé Vérité et Jérémie Paul sont étudiants à Gembloux Agro-Bio Tech (ULg) et… coresponsables de la commission “impro” de l’association étudiante de Gembloux. Impro ? Une pratique théâtrale hissée au rang de discipline artistique. Il y a huit ans, cette commission rejoignait la Fédération belge d’improvisation amateur (FBIA) et intégrait le tournoi interuniversitaire. L’occasion pour les Gemblourdes, comme ils se nomment, de se mesurer aux équipes de Namur, Mons, UCL et ULB. « Les points sont cumulés au fil des matches. Il y a quatre ans, nous avons gagné le championnat. Et cette année nous avons perdu en finale face à Louvain, explique Chloé. Un match oppose deux équipes de cinq personnes. Nous sommes nombreux, ce qui permet de faire un roulement et de laisser les débutants s’essayer à des joutes moins stressantes. »
Quand l’arbitre joue
Pendant l’année scolaire, les membres des Gemblourdes s’entraînent avec l’aide d’un coach certifié FBIA. « Les exercices sont intenses. On apprend à être plus à l’aise, à développer une technique, un personnage, une gestuelle, une diction… Bref, à être prêt pour les matches du championnat », résume Jérémie qui explique tirer son inspiration de la vie de tous les jours et de la cohésion de groupe. Mais il y a des limites. « Nous n’avons pas le droit d’imiter quelque chose qui existe ou de citer des répliques de film. On appelle cela “une faute de cliché”. Ce n’est pas de l’impro.»
Photo : Un groupe d'étudiants concilie stage et loisirs lors d'un séjour au Québec
C’est sur scène et devant un public que les deux équipes s’affrontent, soutenues par leurs coaches respectifs. En direct ou presque. « L’arbitre donne un thème, une catégorie (par exemple “chanter”), dit si les deux équipes doivent jouer ensemble (mixte) ou l’une après l’autre (comparé)… Tout est possible. Les équipes ont ensuite 20 secondes pour décider ce qu’elles vont faire pendant les deux minutes d’impro. Le rôle du coach est de donner un maximum d’idées », lance Chloé qui avoue préférer l’improvisation mixte. « C’est plus drôle car plus improvisé. On joue vraiment avec l’autre équipe. »
Car les matches d’improvisation sont les seules épreuves sportives (Chloé insiste, « c’est du sport ! ») où les deux équipes et le public s’allient contre l’arbitre. « L’arbitre est un défouloir pour le public. La tradition, c’est d’ailleurs de le huer et de lui lancer des chaussettes s’il “descend” les équipes ! Il fait partie du spectacle. Il fait rire le public par son côté exécrable, c’est du showbiz », décrit Jérémie en souriant. « Il y a aussi une interaction avec le public, ajoute Chloé. Entre les impros, on passe de la musique, on danse, et le public joue le jeu. Le public n’est pas que spectateur, il “entre” dans le match. Il est notre 12e homme, à la différence du théâtre où il reste à sa place. » Quelle est leur principale motivation ? « L’aventure humaine, répond Jérémie. Grâce à l’impro, j’ai appris à rencontrer des gens supers à qui je n’aurais jamais parlé en temps normal. » A quoi Chloé ajoute : « Sans oublier les compétences que nous pourrons développer professionnellement, comme l’aisance face au public, l’ouverture d’esprit, la gestion d’une équipe et le coaching d’entreprise. »
Terre natale
Des qualités que dix membres de l’équipe des Gemblourdes ont mises en pratique récemment lors de leur voyage au Québec, pour une aventure axée sur l’entreprenariat et l’échange. Une aubaine pour les étudiants puisque « l’impro a été inventée par un Québecois il y a 35 ans comme alternative au théâtre, explique Jérémie qui a contacté plusieurs équipes du coin. Nous avons décroché une bourse du Bureau international jeunesse pour financier une partie du projet. Nous avons rendu visite à des entrepreneurs pour découvrir comment ils valorisent les ressources naturelles et rencontré des groupes d’impro québécois, pour en savoir plus sur leur technique, leur coaching… Un apprentissage d’où nous comptons bien tirer l’inspiration pour poursuivre cette passion au-delà de nos études. »
Aude Giovanelli