Décembre 2012 /219
Cyrano de Bergerac trouve place à Liège
Standard français du XIXe siècleLe théâtre Le Public présente généralement un répertoire plus contemporain, proche de l’âge moyen de ses acteurs résidents ; les pièces classiques, telles que Le Misanthrope ou Le Mariage de Figaro, doivent s’y sentir parfois un peu seules. Pourtant, son directeur caressait depuis longtemps l’envie de monter Cyrano. Et lorsqu’il apprit qu’Olivier Massart rêvait d’incarner – et avec quelle présence! – le Gascon, le projet prit forme. Lentement – le rôle titre, 1600 vers portés par une seule voix, est un morceau de bravoure – et avec quelques difficultés. Avec près de 30 comédiens sur le plateau, un tel spectacle représente en effet un investissement de 500 000 euros. La vente de billets aux spectateurs – qui seront quand même près de 30 000 à la fin de la saison – n’y suffirait pas. Du moins « si l’on veut en faire un spectacle accessible avec des places à un tarif raisonnable », précise le metteur en scène dont l’ambition est clairement affichée. « Depuis la création du théâtre Le Public, “un théâtre pour le plaisir”, en 1994, je me bats pour proposer des spectacles de qualité à des prix abordables. Les subsides à la culture, même réduits, sont absolument indispensables. » Dans cette optique, la coproduction est aussi une solution qui permet en outre aux “provinciaux” de voir le spectacle. A la rencontre du public, de ses publics, la troupe ira planter son décor à Liège, à Huy et à Namur. Si le succès de la pièce est au rendez-vous, c’est peut-être parce que chaque spectateur “se retrouve” dans un personnage, s’en attribue une qualité, un trait de caractère, s’identifie aux émotions transmises et trouve sa place dans l’histoire. En témoignent ces jeunes enfants, incroyablement sages et attentifs pendant les trois heures de représentation (ou presque), qui s’esclaffent lors de la “tirade du nez ”ou s’effraient des tirs de mousquet (avec sons et flammes) pendant le siège d’Arras. Michel Kacenelenbogen ne cache pas sa joie devant cette spontanéité. Comme il l’explique, « j’accorde beaucoup d’importance aux jeunes car ils remettent en cause nos certitudes sur le métier ou le répertoire. Présenter des classiques à un public jeune permet de rafraîchir notre approche du texte. » Mise en scèneLa “scène du balcon”, d’une intensité rare, fédère particulièrement les attentions. Toute la salle est suspendue aux lèvres de Cyrano, partageant sa passion, enviant sa verve, se remémorant des souvenirs peut-être. Le décor n’est sans doute pas étranger à la magie du moment car, si les actes se déroulent dans des lieux très différents (une taverne, un jardin, le siège d’Arras), Michel Kacenelenbogen a évité l’écueil d’une machinerie trop présente, trop moderne ou oppressante. Au contraire, constitué de panneaux de couleur sombre représentant des pierres, le décor ménage des ouvertures : tantôt portes, loges de théâtre, balcons, remparts, cours de couvent. Ainsi l’oeil cède la place à l’oreille pour percevoir l’intensité des vers, “qui ne sont pas dédiés aux financiers”, assure Cyrano, dont la rythmique devient caresse au fil des minutes. Et l’on se demande, à l’instar du metteur en scène, « comment serait le monde sans la littérature, sans Hugo, sans Flaubert, sans le talent de Picasso ou de Mozart ? » . Heureusement, l’épique Cyrano existe. Alors, précipitez-vous railler son nez. Mais prenez garde, à la fin de l’envoi, il touche ! Marc-Henri Bawin
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